Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Julia Tasse, directrice du développement de l’IRIS et responsable du programme Océan et fonds marins, autour du phénomène météorologique El Niño, dont les conséquences pourraient être significatives dans les prochains mois notamment à travers une multiplication des épisodes d’inondations et de sécheresses.
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Au cours des dernières semaines, de significatives évolutions ont modifié les paramètres politiques de la question kurde en Turquie et en Syrie. Ces processus différenciés renvoient, in fine, aux spécificités nationales des pays dans lesquels ces défis se cristallisent et démontrent une nouvelle fois que la séparation du peuple kurde au sein de quatre États du Moyen-Orient – Turquie, Syrie, Irak, Iran – au lendemain de la Première Guerre mondiale a induit des modes de socialisation et de mobilisation politiques différents de ses différentes composantes.
Significatives avancées en TurquieEn Turquie, un processus est engagé au cours de l’automne 2024 lorsque, à la surprise de la plupart des observateurs, le dirigeant d’un parti d’extrême droite nationaliste, pourtant connu pour son intransigeance à l’égard de la question kurde, ouvre la voie en proposant que le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), emprisonné depuis 1999, puisse venir s’expliquer devant le parlement turc. Les décisions s’enchaînent alors rapidement, et le 25 février 2025, Abdullah Öcalan rédige un appel, rendu public deux jours plus tard, qui fera date dans la longue histoire de la question kurde en Turquie. Intitulée Appel pour la paix et une société démocratique, la déclaration est brève. Évoquant la très ancienne cohabitation entre Turcs et Kurdes, revenant sur les raisons et le moment où le PKK a été créé, insistant ensuite sur l’importance fondamentale des valeurs et des pratiques démocratiques, Öcalan marque une claire rupture avec quelques-unes des revendications qui ont été celles du PKK au cours de son histoire. Ainsi, l’idée d’un État séparé, l’hypothèse d’une solution fédérale ou la perspective d’une autonomie administrative des régions du sud-est de la Turquie sont abandonnées. Il est frappant qu’aucune revendication proprement kurde n’apparaisse dans cette déclaration au profit de références, imprécises, à une vie démocratique et harmonieuse. A contrario, c’est la pierre angulaire de la déclaration, est clairement formulé l’appel au dépôt des armes et à l’autodissolution du PKK, ce qui traduit un bouleversement radical de perspectives.
Le 12 mai suivant, lors de son congrès, le PKK vote en effet son autodissolution, décision d’une importance considérable à propos d’un dossier qui envenime la vie politique en Turquie depuis des décennies, même si depuis une dizaine d’années une significative baisse des activités militaires du PKK sur le sol turc pouvait être constatée. Le 11 juillet 2025, une cérémonie de destruction symbolique d’armes de combattants dans les montagnes du Kurdistan d’Irak est ensuite mise en scène. Parallèlement, une « Commission parlementaire pour la solidarité nationale, la fraternité et la démocratie » est créée dont les propositions sont enfin rendues publiques le 5 août 2026, puis adoptées par le parlement, le 10 août.
Bien que le terme d’amnistie ne soit pas mentionné, il s’agit avant tout de la perspective de libération de milliers de prisonniers politiques – on estime leur nombre de 5000 à 7000 – et du retour en Turquie des cadres et combattants qui se trouvent à l’étranger. Les prisonniers condamnés pour appartenance au PKK bénéficieront d’une suspension de leur peine pour une période de cinq à dix ans, puis de son annulation en cas de non-récidive. Les dirigeants kurdes du PKK considèrent qu’en dépit du flou de certaines mesures, un premier pas, qualifié d’historique, est accompli puisqu’une loi votée donne un cadre juridique au désarmement, au retour et à la réintégration dans la vie civile de ses combattants. Abdullah Öcalan lui-même déclare « Une route de mille kilomètres commence par un premier pas ».
Est-ce la fin d’un conflit commencé le 15 août 1984 et qui a fait a minima 45 000 victimes ? Il est trop tôt pour l’affirmer, tant les reculs et les désillusions ont été nombreux ces dernières années. Sont néanmoins réunis les éléments d’avancées politiques qui restent à compléter et surtout à concrétiser. Il s’agira dans les semaines à venir de poursuivre un processus politique en abordant des questions non résolues à ce jour : statut des langues kurdes, de leur enseignement, de l’organisation territoriale de la Turquie, des enjeux de démocratisation de la vie politique, et enfin de l’avenir de prisonniers politiques emblématiques tels Selahettin Demirtas et Figen Yüksekdag – anciens dirigeants du Parti démocratique des peuples (HDP) en prison depuis 2016 – et bien sûr celui d’Abdullah Öcalan.
Nouvelle séquence en SyrieEn Syrie, c’est une tout autre dynamique qui est à l’œuvre. Dans le cours de la guerre civile (2011-2014), une région, communément appelée le Rojava, s’est autonomisée, dirigée par les Forces démocratiques syriennes (FDS) au sein desquelles le PKK joue un rôle politique prépondérant. La chute de Bachar Al-Assad en décembre 2024 rebat les cartes et les nouveaux dirigeants de Damas déclarent rapidement vouloir rétablir l’unité et la souveraineté du pays. Pour eux, il s’agit donc d’en finir avec le statut d’autonomie de facto dont jouit le Rojava.
Constatant l’échec des négociations entreprises, une offensive militaire éclair est lancée au début de l’année par les troupes d’Ahmed Al-Charaa, le président de transition en Syrie, au cours de laquelle les FDS, de façon surprenante, se débandent rapidement. Un protocole d’accord est alors signé le 30 janvier 2026, très favorable au gouvernement de Damas puisqu’il enterre la perspective de la pérennisation d’une autonomie kurde au Rojava et consacre la recomposition territoriale de la Syrie. Les autorités intérimaires de Damas prennent ainsi le contrôle des institutions locales, des postes-frontières, des champs gaziers et pétroliers ainsi que des camps d’internement dans lesquels se trouvent des prisonniers de l’organisation État islamique. Il est alors prévu que les institutions de l’’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) seront intégrées à l’appareil d’État syrien et les combattants des FDS incorporés selon un protocole strict dans la nouvelle armée syrienne. Aucune mention n’est faite quant à l’avenir des unités de femmes combattantes des FDS et des combattants étrangers du PKK. Principales concessions, elles sont importantes, le kurde est reconnu comme langue nationale et pourra être enseigné librement, le Nouvel An kurde, le Newroz, sera quant à lui férié, et la nationalité syrienne enfin accordée à la totalité des citoyens d’origine kurde. Nulle reconnaissance à l’autogouvernement ou à l’autodétermination donc, mais bien plutôt celle de quelques droits dus à une minorité. On le voit, l’accord sanctionne un rapport de force peu favorable aux forces kurdes.
C’est au mois d’août 2026 que le processus de négociations semble finalisé et les institutions politiques, administratives, militaires et sécuritaires kurdes intégrées à l’appareil d’État syrien. Le 25 août, la dissolution des FDS est annoncée par son chef, Mazloum Abdi, ancien cadre du PKK. Ce dernier est en outre nommé conseiller auprès d’Ahmed Al-Charaa, le 28 août. C’est la première fois dans l’histoire de la Syrie contemporaine que les Kurdes sont ainsi représentés au sommet de l’appareil d’État.
Quelques enseignements de ces évolutionsAu-delà des différences structurelles et conjoncturelles, il est possible de formuler plusieurs remarques sur la question kurde telle qu’elle se pose aujourd’hui en Turquie et en Syrie. Pour leur part, les cas irakien et iranien sont très différents.
Nous constatons tout d’abord l’échec et l’impasse du choix de la lutte armée initié par le PKK il y a de nombreuses années et la possibilité d’une intégration potentielle de la dimension kurde dans les combats plus strictement politiques au sein des deux pays concernés. Nous en sommes néanmoins aux prémices d’une nouvelle séquence qui restent à confirmer pour que les décisions prises s’inscrivent réellement dans les faits et dans la durée. L’histoire du peuple kurde est parsemée par les multiples trahisons à son encontre et il convient de rester prudent sur la pérennité des dispositions prises récemment, elles n’en sont pas moins porteuses d’espoirs.
Le corollaire de cette situation est l’abandon de la perspective de création d’un État kurde dont il faut souligner que le PKK l’avait déjà théorisé il y a de nombreuses années. Pour certaines des composantes du mouvement national kurde la question territoriale, et donc de l’État, est centrale – c’est le cas des organisations kurdes en Irak – alors que d’autres affirment refuser désormais de se situer dans une perspective étatique et s’inscrivent dans une démarche de revendications présentées avant tout comme sociales et autogestionnaires. Ce paramètre est central, car il exprime de profondes divergences sur le type de société à construire. Doit-il l’être sur des bases ethniques ou a contrario sur les bases d’une citoyenneté politique transcendant les appartenances communautaires et identitaires ? La question n’est pas tranchée, et les rivalités souvent aiguës persistent entre les différentes branches du mouvement national kurde.
Se pose aussi la question centrale des droits démocratiques. Si la question kurde, potentiellement porteuse de nouvelles dynamiques étatiques régionales, ne suppose pas, à ce stade, celle d’un État indépendant unifié, elle soulève a contrario celle de l’ouverture du champ politique et de l’instauration de systèmes pluralistes. Les échecs des mouvements de contestation récents qui se sont cristallisés dans les mondes arabes, en Iran, en Turquie, démontrent à l’envi que les obstacles sont nombreux et que les régimes en place sont prêts à utiliser tous les moyens, y compris les plus violents, pour préserver leurs privilèges. En outre, l’altération parfois la nécrose, de nombreux appareils étatiques parviennent, dans certains cas, à transformer des liens d’appartenance nationaux en liens d’allégeances communautaires exclusives, contradictoires avec un processus d’ouverture démocratique. C’est pourquoi les processus de transitions sont infiniment complexes. La seule garantie effective réside dans la capacité offerte à tous les peuples et à tous les citoyens, sans exception, de s’exprimer librement, de s’organiser au sein d’associations, de partis ou de syndicats, d’accéder sans entraves à la presse, à Internet et aux réseaux sociaux, ainsi que dans le droit, pour les femmes, de porter ou non le voile selon leur libre choix. Ces droits ne sont pas optionnels : ils constituent le socle irréductible de tout exercice démocratique. Loin d’être abstrait ou utopique, ce principe représente une condition sinon suffisante, du moins indispensable, pour mieux réguler l’évolution des sociétés comme les relations internationales.
Le peuple kurde ne fait pas exception à ces défis. Son droit à l’autodétermination doit donc être un principe lui permettant de s’approprier son propre avenir. D’autant que les dirigeants kurdes intègrent désormais la nécessité de s’emparer du champ politique, la lutte armée n’étant plus l’unique moyen promu pour faire valoir leurs revendications. Si la perspective de la création d’un État kurde unifié n’est guère envisageable, c’est alors la question des droits démocratiques culturels et politiques qui est principalement posée pour les Kurdes et s’avère stratégique dans tout projet politique émancipateur. C’est certainement l’un des enjeux essentiels auxquels seront confrontées les différentes composantes du mouvement national kurde au cours des années futures. Il ne pourra faire l’économie des alliances avec les autres composantes politiques, syndicales, associatives qui se situent dans une perspective d’émancipation citoyenne progressiste dans la région et à l’international.
Didier Billion est auteur de l’ouvrage Comprendre la question kurde, à paraître le 9 septembre 2026 aux éditions Armand Colin.
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The signing on 7 August of the so-called Mecca Pact by Saudi Arabia, Türkiye and Pakistan again raises the question of whether the Gulf monarchies might seek to reduce their security dependence on the United States. The Gulf monarchies’ experience of the Iran war makes such a realignment appear plausible. Despite their decades-long partnership with Washington, they became targets of Iranian drone and missile attacks that caused considerable damage to the region’s energy infrastructure and severely disrupted energy exports, as the Strait of Hormuz was effectively closed. The Trump administration appears to have taken little account of their security interests. Nevertheless, three factors make an end to their close ties with Washington unlikely.
Limits of realignmentFirst, the Gulf monarchies have no viable alternative to the United States as a security guarantor. For all their differences in foreign and security policy, they share a common predicament: None of their other partners is willing or able to take Washington’s place. China has remained neutral during the war, Russia has maintained its close ties with Tehran, and Türkiye and Pakistan have provided no meaningful military assistance. Regional alliances such as the Mecca Pact are unlikely to alter this situation, as promises of assistance alone do not amount to reliable protection. Even the expansion of Emirati–Israeli military cooperation cannot replace the US security presence.
Second, the Gulf monarchies’ military dependence on the United States goes far beyond the presence of US troops. US air-defence systems such as Patriot and THAAD have proved indispensable in countering Iranian attacks, while many of the Gulf states’ core military capabilities rely on US technology, spare parts, maintenance and training. These deep-rooted technical and institutional dependencies could only be reduced over decades and at considerable cost.
Third, close economic ties also create path dependencies. China has become the Gulf states’ largest trading partner. Yet there is no evidence of a systematic move away from the US dollar in energy exports. Their sovereign wealth funds are estimated to have invested US$2 trillion in the United States alone. These economic interests provide the Gulf monarchies with an additional incentive to preserve stable relations with Washington, making any broader strategic realignment both costly and risky.
Expanding channels of influenceAgainst this backdrop, the war is unlikely to lead the Gulf monarchies to break with the US-led security order. Instead, they are more likely to seek greater influence within it. Saudi Arabia, the United Arab Emirates and Qatar, in particular, have cultivated close ties with policy-makers in Washington for decades and possess ample resources to expand them further.
Alongside cultivating ties with President Donald Trump – whose businesses received around US$300 million from Gulf entities in 2025 alone – the Gulf monarchies could step up their lobbying efforts and draw more extensively on their contacts in Congress and across the US political and media landscape, including contacts on both sides of the political aisle. Above all, however, they are likely to deepen their economic ties with the United States.
So far, the investment patterns of Gulf sovereign wealth funds show no sign of a fundamental shift away from the US market. In the first half of 2026, nearly half of their committed capital was allocated to deals in the United States. Partnerships with technology and financial companies such as Microsoft, Nvidia, Oracle and BlackRock offer more than commercial benefits: They also give influential US corporations an economic stake in stable relations with the Gulf states and may lend greater weight to Gulf interests in Washington.
Whether the Gulf monarchies will become more effective at advancing their interests in Washington remains to be seen. Economic ties and privileged access do not guarantee that US policy will reflect their priorities. Moreover, differences among the Gulf states and regional rivalries have so far prevented them from presenting a united front in Washington. Processes such as Congress’s review of the proposed US–Saudi nuclear agreement, reached in late July, and its subsequent implementation could provide an early indication of how effective such influence can be. Yet even if their efforts yield only limited results, the lack of viable alternatives makes a fundamental break with the United States unlikely. Germany and its European partners should therefore not mistake the Gulf monarchies’ loss of confidence in Washington for a broader strategic realignment. For the Gulf monarchies, closer cooperation with Europe will remain a complement to their partnership with the United States rather than a substitute for it.
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L’article Du programme impérial à l’âge post-JCPoA : une chronologie du nucléaire iranien est apparu en premier sur IRIS.
À chaque rentrée, le mercato des journalistes et éditorialistes redessine le paysage médiatique, et cette année encore, on observe un glissement continu vers la droite et l’extrême droite tant sur les chaînes et stations privées que sur le service public.
Que peut-on dire de ce nouveau paysage médiatique à l’approche des élections présidentielles et sur l’état du service public ? Pour servir quel projet politique ?
Analyse et plaidoyer pour continuer à exercer un regard critique sur les médias.
L’article Mercato des médias : à droite toute ! est apparu en premier sur IRIS.
Etwa die Hälfte der einkommensschwachen Länder ist derzeit zahlungsunfähig oder hat ein großes Risiko, zahlungsunfähig zu werden. Was die Weltgemeinschaft dagegen tun muss, erläutert eine IDOS-Wissenschaftlerin.