Le calme est revenu à Niamey après les tirs nourris et les explosions qui ont secoué la capitale nigérienne dans la nuit du 28 au 29 août. Les autorités affirment avoir repris le contrôle des installations visées, notamment la base aérienne 101, située dans l'enceinte de l'aéroport international Diori-Hamani. Toutefois au-delà de cet apparent retour à l'ordre, le bilan humain, les objectifs des mutins et l'étendue de la contestation demeurent difficiles à établir.
Des militaires tués ou arrêtés
Les affrontements auraient commencé par une prise d'otages au sein de la base, avant de s'étendre à plusieurs secteurs stratégiques de la capitale. Des tirs ont notamment été signalés près du quartier présidentiel, tandis que les programmes de la radio et de la télévision publiques ont été brièvement interrompus.La télévision d'État a diffusé des images de soldats interpellés et annoncé la reprise progressive du contrôle par les forces loyalistes. Plusieurs médias évoquent des dizaines de mutins tués ou arrêtés, sans qu'aucun bilan officiel détaillé et vérifiable n'ait encore été communiqué. Le nombre de soldats engagés dans le mouvement reste lui aussi incertain.Les autorités parlent d'un « mouvement d'humeur ». D'autres sources décrivent une mutinerie de grande ampleur, voire une tentative de renversement du pouvoir.
Dans quelles conditions l'armée nigérienne combat-elle ?
Cette mutinerie oblige à interroger le fonctionnement même de l'armée nigérienne. Les soldats déployés dans les zones les plus exposées disposent-ils d'équipements, de renseignements et de renforts suffisants ? Les rotations sont-elles respectées ? Les blessés sont-ils correctement pris en charge et les familles des militaires tués effectivement indemnisées ? Comment les pertes sont-elles communiquées et les décisions du commandement comprises sur le terrain ? Ces questions touchent directement au moral des troupes et à la confiance envers la hiérarchie. Elles sont d'autant plus pressantes que la base 101, installation stratégique de la capitale, avait déjà été attaquée en janvier puis en juin 2026. Au-delà des moyens militaires, la crise pose donc la question de la cohésion, du commandement et de la capacité du régime à entendre les frustrations qui traversent ses propres rangs.
Moscou au secours du régime
La question est politiquement explosive : le pouvoir nigérien a-t-il dû solliciter une force étrangère pour réprimer une contestation née au sein de sa propre armée ?Cette intervention soulève toutefois une question majeure : des combattants russes ont-ils directement ouvert le feu sur des militaires nigériens ? Des mutins ont bien été tués lors de la reprise de la base, mais aucun bilan détaillé ne permet encore d'établir l'auteur de chaque tir ni la responsabilité directe de l'Africa Corps dans ces décès.
Politiquement, le symbole est lourd. Un régime arrivé au pouvoir au nom de la souveraineté nationale a dû solliciter une force étrangère pour contenir une rébellion interne. L'épisode révèle à la fois les fractures de l'armée nigérienne et la dépendance du pouvoir envers Moscou. La Russie n'est plus seulement un partenaire dans la lutte contre les groupes jihadistes : elle apparaît désormais comme un acteur de la survie du régime.
Des Camerounais partis en Russie ont été envoyés combattre en Ukraine. Seize décès ont été officiellement confirmés, tandis que d'autres familles restent sans nouvelles de leurs proches. Créé à Yaoundé, le collectif « Ramenez nos fils et nos frères » demande la vérité, le rapatriement des dépouilles et une enquête sur les filières de recrutement. Seize noms. Seize Camerounais sont morts loin de leur pays, dans une guerre qui n'était pas la leur. Et derrière chaque nom, une famille à laquelle il manque encore des réponses élémentaires : où leur proche est-il mort ? À quelle date ? Dans quelles circonstances ? Où se trouve son corps ? Avait-il réellement accepté de devenir combattant ?
Le 6 avril 2026, les autorités camerounaises ont annoncé que la Russie leur avait notifié la mort de seize ressortissants camerounais engagés dans la guerre contre l'Ukraine. La note diplomatique les présentait comme des « contractuels militaires ». Mais elle ne précisait ni les lieux ni les dates de leur décès, pas davantage que les conditions dans lesquelles ils avaient rejoint les forces russes. Le ministère des Relations extérieures a demandé aux familles concernées de se présenter à Yaoundé. Depuis, l'essentiel du travail de vérité reste à accomplir. Face à cette attente, des familles et des acteurs de la société civile ont créé, en août, le collectif « Ramenez nos fils et nos frères ». Le mouvement affirme être déjà en contact avec une dizaine de familles confrontées à la disparition ou au décès d'un proche parti en Russie. Leur demande est simple : savoir.
Des départs entourés de zones d'ombre
Selon les témoignages recueillis par le collectif, certains Camerounais seraient partis après avoir reçu des propositions d'emploi, de formation ou de rémunération en Russie. Des offres de travail comme vigiles, ouvriers ou employés de commerce auraient notamment été évoquées. Plusieurs familles soutiennent que leurs proches n'avaient pas annoncé leur intention de participer à une guerre. Certaines disent avoir perdu tout contact après leur arrivée en Russie. D'autres affirment n'avoir appris leur mort que plusieurs mois plus tard, sans document détaillant les circonstances du décès ni indication sur le rapatriement de la dépouille. Ces témoignages doivent encore être vérifiés individuellement. Tous les Camerounais partis en Russie n'ont pas nécessairement suivi le même parcours : certains ont pu signer volontairement un contrat militaire ; d'autres pourraient avoir été trompés sur la nature de l'emploi proposé ou insuffisamment informés des risques.C'est précisément pour distinguer les engagements volontaires des recrutements frauduleux qu'une enquête officielle est nécessaire.La Russie nie recruter illégalement des ressortissants africains. Mais le phénomène dépasse désormais le Cameroun. Des gouvernements africains, notamment au Ghana, au Kenya et en Afrique du Sud, ont été saisis de cas comparables. En février 2026, les autorités ukrainiennes affirmaient que plus de 1 700 ressortissants de 36 pays africains combattaient dans les rangs russes. Ce chiffre demeure une estimation ukrainienne et n'a pas été vérifié indépendamment.
Une responsabilité camerounaise ?
Dès mars 2025, une note interne du ministère de la Défense alertait sur le départ de militaires camerounais vers la guerre en Ukraine. L'État disposait donc déjà d'indices. Pour le collectif « Ramenez nos fils et nos frères », la confirmation de seize décès exige désormais une réponse diplomatique, consulaire et judiciaire coordonnée. Le collectif réclame une cellule interministérielle chargée de centraliser les signalements, d'identifier les personnes recherchées, d'obtenir des informations de Moscou et d'accompagner les familles, notamment grâce à un guichet et une ligne sécurisée. Leur silence, souvent lié à la peur, à la honte ou à l'isolement, ne signifie pas l'absence de victimes.Une enquête doit également identifier les intermédiaires : qui a diffusé les offres, financé les voyages, facilité les visas et présenté les contrats ? Si des emplois civils ont servi à recruter des Camerounais pour un conflit armé, il ne s'agirait plus de trajectoires individuelles, mais d'un possible système organisé exploitant le chômage et la vulnérabilité de jeunes en quête d'avenir.
Rendre les corps, retrouver les vivants
« Ramenez nos fils et nos frères » réclame le rapatriement des dépouilles, indispensable pour permettre aux familles d'identifier les défunts, d'obtenir les certificats de décès et d'accomplir leur deuil. Pour les Camerounais encore en vie, l'État doit exiger un accès consulaire, vérifier les conditions de leur engagement et faciliter le retour de ceux qui souhaitent quitter le front.Le collectif ne demande pas au gouvernement de prendre parti dans la guerre, mais de protéger ses ressortissants. « Nous appelons les pouvoirs publics à exercer pleinement leur mission de protection de la jeunesse », affirme son cofondateur Yannick Elessa. Cette protection passe aussi par la prévention : alerter sur les offres d'emploi opaques à l'étranger et permettre la vérification des contrats avant tout départ, notamment lorsqu'ils promettent des rémunérations exceptionnelles sans employeur clairement identifié.
Le silence ne peut plus être une politique
L'affaire constitue un test pour la diplomatie camerounaise. Les relations avec Moscou ne sauraient empêcher Yaoundé d'exiger la vérité sur ses ressortissants et les conditions de leur recrutement. Combien ont rejoint les forces russes ? Combien sont morts, vivants, disparus ou prisonniers ? Des recruteurs opèrent-ils depuis le Cameroun ? Quelles démarches ont été entreprises depuis la confirmation des seize décès ?Les familles ne réclament aucun privilège, mais ce que tout État doit à ses citoyens : la vérité sur les disparus, la dignité pour les morts, la protection des survivants et la justice si leur vulnérabilité a été exploitée. Les seize décès reconnus ne doivent pas clore le dossier, mais ouvrir une enquête. Retrouver les vivants, identifier les morts et empêcher que d'autres Camerounais ne disparaissent dans une guerre étrangère : telle est désormais la responsabilité des autorités.
Compte rendu du Conseil des ministres
Lomé, 26 août 2026
Le Conseil des ministres s’est réuni ce mercredi 26 août 2026, sous la présidence de Son Excellence, Monsieur Faure Essozimna GNASSINGBE, Président du Conseil.
Au cours des travaux, le Conseil a examiné et adopté un (1) projet de loi, trois (3) décrets, et procédé à une nomination.
1. Au titre du projet de loi
• Le Conseil a adopté le projet de loi portant code forestier
Face à l’évolution des enjeux liés à la gestion durable des ressources naturelles, aux changements climatiques et à la préservation de la biodiversité, il est apparu nécessaire de procéder à la révision de la loi portant code forestier afin de renforcer le cadre juridique du secteur, et de mieux concilier la protection du patrimoine forestier avec les impératifs de développement local et de résilience climatique, en cohérence avec les engagements internationaux du Togo.
Le projet de loi introduit plusieurs innovations majeures, notamment en matière de gouvernance et de participation des acteurs locaux à la gestion des ressources forestières.
Il redéfinit les catégories du domaine forestier national et harmonise leurs modalités de gestion, tout en renforçant la participation des collectivités territoriales. Il accorde une place accrue aux populations riveraines, à travers leur consultation et la prise en compte de leurs droits, usages et intérêts légitimes, notamment dans les procédures de classement des forêts. Il consacre également les principes d’accès aux ressources génétiques et de partage juste et équitable des avantages qui en découlent, renforce le contrôle forestier et la lutte contre le braconnage, le trafic des espèces sauvages et les autres infractions forestières.
Il prévoit enfin des mécanismes d’incitation en faveur de l’agroforesterie, de l’investissement privé et de la transition énergétique, afin de réduire la pression exercée sur les ressources forestières.
Cette réforme s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des politiques nationales de reboisement, de restauration des paysages et de gestion durable des aires protégées.
2. Au titre des décrets
• Le Conseil a adopté le décret portant attributions, organisation et fonctionnement de l’Agence de promotion des investissements et de la zone franche (API-ZF)
L’évolution des enjeux liés à l’accélération des investissements privés et au développement des zones industrielles et franches appelle à un renforcement du cadre institutionnel national de promotion des investissements, afin d’améliorer l’efficacité de son action et de consolider l’attractivité du Togo. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’adoption du décret portant attributions, organisation et fonctionnement de l’Agence de promotion des investissements et de la zone franche (API-ZF).
Le nouveau dispositif étend par ailleurs les compétences de l’API-ZF à l’aménagement, à la gestion et à la mise à disposition de zones industrielles, tout en renforçant les mécanismes de transparence et de maîtrise des risques liés à l’octroi des agréments et avantages.
Cette réforme vise ainsi à doter l’API-ZF d’un cadre institutionnel plus cohérent, plus souple et plus performant, à même de soutenir durablement l’attractivité du Togo, l’accroissement des investissements privés et le développement industriel.
• Le Conseil a également adopté le décret portant dissolution de la société d’administration de la zone franche et fixant les modalités de subrogation de l’agence de promotion des investissements et de la zone franche (API-ZF) dans les droits et obligations de la société d’administration de la zone franche (SAZOF)
Dans le souci de rationaliser les ressources et de renforcer l’efficacité du dispositif national de promotion des investissements, la loi n° 2019-005 du 17 juin 2019 portant code des investissements a confié à l’API-ZF les missions précédemment exercées par la SAZOF, dans le cadre d’un guichet unique destiné à simplifier et faciliter les formalités d’investissement.
Le décret adopté organise en conséquence la dissolution de la SAZOF et la reprise par l’API-ZF de l’ensemble de ses missions, prérogatives et compétences, ainsi que le transfert de son patrimoine et la prise en charge de son personnel conformément aux dispositions légales.
L’intégration des fonctions de la SAZOF au sein de l’API-ZF permettra de renforcer les capacités opérationnelles de l’Agence et d’en faire un véritable instrument de mise en œuvre de la politique nationale de promotion des investissements et de développement des zones industrielles et franches.
• Enfin, le Conseil des ministres a adopté le décret modifiant le décret n° 2019-143/PR du 31 octobre 2019 portant création, attributions et organisation du comité d’agrément au code des investissements et au statut de zone franche industrielle
La loi n° 2019-005 du 17 juin 2019 portant code des investissements confie à l’API-ZF la mission de délivrance des agréments d’investissement, tandis qu’un comité d’agrément est chargé de l’instruction des dossiers. Dans l’attente de la pleine opérationnalisation de l’Agence, un dispositif transitoire avait été mis en place.
Le décret adopté vise à mettre en cohérence la procédure d’agrément avec les dispositions du code des investissements et le nouveau cadre institutionnel de l’API-ZF. Il rétablit le circuit légal d’instruction et de délivrance des agréments, renforce les garanties d’intégrité et de transparence des investisseurs, notamment à travers une diligence raisonnable, et prévoit la dématérialisation de la procédure ainsi qu’un encadrement des délais de traitement. Il réaménage également la gouvernance du comité d’agrément à travers une composition resserrée et des règles renforcées en matière de conflit d’intérêts, de confidentialité et de responsabilité de ses membres.
Ces mesures permettront d’instaurer une procédure d’agrément plus rapide, transparente, sécurisée et conforme au cadre légal, tout en facilitant les investissements et en renforçant la maîtrise des risques liés aux avantages accordés par l’Etat.
3. Au titre de la nomination
Monsieur GbENOUGA Sénamé Mèvodé, ministre-plénipotentiaire des affaires étrangères de classe exceptionnelle, est nommé directeur de cabinet du ministre délégué auprès du ministre des affaires étrangères, de la coopération, de l’intégration africaine et des Togolais de l’extérieur, chargé de la coopération et des Togolais de l’extérieur.
Fait à Lomé, le 26 août 2026
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