(BRUXELLES2) De façon assez spectaculaire, un hélicoptère militaire «black hawk» turc a atterri à Alexandroupoli, la ville la plus proche de la frontière turque (coté européen), ce samedi (16 juillet).
L’hélicoptère escorté jusqu’à l’atterrissage
Selon les médias grecs, l’hélicoptère, a lancé une alerte «mayday » (appel de détresse) demandant un atterrissage d’urgence et a demandé la permission pour atterrir. Deux chasseurs F-16 grecs ont immédiatement décollé pour l’escorter jusqu’à son arrivée sur l’aéroport. Le ministre de la Défense Panos Kammenos et le Premier ministre Alexis Tsipras ont été avertis et donné leur accord pour l’accueil.
Les 8 occupants « arrêtés »
L’appareil transportait des partisans du coup d’Etat militaire. Les huit passagers et équipage (2 majors, un capitaine et cinq soldats) ont été interceptés à leur arrivée, et « accompagnés » jusqu’au commissariat de police où ils ont officiellement demandé l’asile politique. Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu a demandé leur extradition vers la Turquie.
Un cas délicat
Si le renvoi de l’appareil aux Turcs ne devrait pas poser de problème. C’est la règle habituelle (du moins entre alliés au sein de l’OTAN), pour les personnels, c’est plus compliqué. Ne pas accorder l’asile serait contraire aux valeurs européennes et aux règles tenant au droit d’asile. Mais le dossier est très délicat. En remettant en cause un pouvoir légitimement élu, ces militaires ont mis en cause la démocratie. De façon plus politique, cette arrivée risque aussi de remettre en cause la bonne entente grecquo-turque et l’accord UE-Turquie sur le contrôle des réfugiés syriens passant de Turquie en Europe.
Respect des règles démocratiques ou droit d’asile
Très vite d’ailleurs, le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Kotzias s’est entretenu avec son homologue turc, rappelant que la Grèce « condamne » le coup d’Etat et soutient la lutte du peuple turc pour la démocratie et la défense de l’ordre constitutionnel en Turquie ». « La tentative de renversement du gouvernement turc démocratiquement élu constitue un acte punissable ». Le ministre s’est cependant refusé à accéder (immédiatement) à la demande turque. Cette « question sera examinée sur la base des dispositions du droit grec et du droit international, et les procédures prévues par le droit international devront être respectées » a-t-il expliqué selon le communiqué publié par le ministère. Mais Kotzias a dit prendre « très au sérieux que les personnes arrêtées sont accusées d’avoir, dans leur pays, violer la légalité constitutionnelle et tenter de renverser la démocratie ».
Mr. Kotzias reiterated to his Turkish counterpart the Greek government’s view that the attempted overthrow of the democratically elected Turkish government constitutes a punishable act. With regard to the request for asylum, Mr. Kotzias stressed that, while the issue will be examined based on the provisions of Greek and international law, and the procedures provided for under international law will be complied with, it will be borne very seriously in mind that the arrested parties stand accused in their country of violating constitutional legality and attempting to overthrow democracy.
(Nicolas Gros-Verheyde)
Cérémonie de médailles à EUFOR Althea (Crédit : EUFOR Althea)
(BRUXELLES2) Dans le début des années 2000, l’Union européenne avait conclu un accord avec l’OTAN pour pouvoir utiliser, lors de ses opérations, le quartier général de l’Alliance Atlantique (le SHAPE situé à Mons). Cet accord, dit Berlin Plus (*), a aujourd’hui un peu de plomb dans l’aile… Et le Brexit pourrait l’achever.
Un accord utilisé dans les années 2000…
Ce dispositif opérationnel a été utilisé dans les Balkans uniquement à deux reprises : en 2003, avec la relève de l’opération de l’OTAN (Allied Harmony) en Macédoine/FYROM et, en 2004, quand les Européens avaient repris la succession de la SFOR, la force de stabilisation de l’OTAN en Bosnie-Herzégovine, en mettant en place leur opération EUFOR Althea. Depuis, en fait, il n’a pas vraiment été utilisé tout simplement car il n’est plus nécessaire et n’est plus vraiment adapté.
Un accord qui n’est plus tout à fait adapté pour 4 raions
Une différence dans les opérations
Premièrement, l’Union européenne ne mène plus de grosses opérations terrestres de stabilisation comme dans les Balkans, sur une longue durée. Elle mène plutôt des opérations avec une courte durée et une « faible » empreinte terrestre ou des opérations maritimes. Autrement dit le QG de l’OTAN est un peu « lourd » pour ce type d’opération.
Une autonomie de fait
Deuxièmement, pour mener ses diverses opérations militaires, l’Union européenne — et ses Etats membres — préfèrent utiliser les quartiers généraux mis à disposition par ces derniers : cela a été le cas pour l’opération EUFOR au Tchad en 2008 (c’était le Mont Valérien près de Paris), cela a été le cas pour l’opération maritime EUNAVFOR anti-piraterie (Atalanta dont le QG est toujours à Londres – Northwood) et c’est toujours le cas pour l’opération maritime EUNAVFOR au large de la Libye (Sophia) de lutte contre les migrants et de contrôle de l’embargo sur les armes (dont le QG est à Rome). Et si demain, elle se dote d’un QG autonome, elle aura encore moins besoin du QG de l’OTAN.
Une différence de logique politique
Troisièmement, ce qui constitue le principal problème, le dispositif de l’OTAN obéit à une autre logique et une autre organisation politique. Il y a une rupture de la chaîne de commandement politique et militaire qui est impensable dans un Etat membre et tout autant dans une organisation internationale. Imaginons l’opération Barkhane au Mali dirigée par le QG britannique de Northwood. Et le Premier ministre britannique décide directement de nommer le militaire qu’il veut à sa tête ou de le retirer. C’est proprement impensable.
Une composition fortement différenciée
Quatrièmement, même si l’Union européenne et l’OTAN sont assez proches, plus proches que l’apparence le laisse penser, la logique et l’organisation des deux organisations sont différentes. Elles n’ont pas les mêmes ‘actionnaires’ (les mêmes Etats membres). Quand on dit que OTAN et UE ont « presque » les mêmes membres. Toute la différence est dans le ‘presque’. Du côté de l’UE, on trouve six Etats « neutres » ou « non alignés » qui auraient bien du mal à devenir membres de l’OTAN (Suède exceptée). Du côté de l’OTAN, on trouve un ‘gros’ morceau — Etats-Unis, Canada — ces deux pays n’ont pas vocation à devenir membres de l’UE — et la Turquie — dont la candidature est repoussée… aux calendes grecques. Ajoutons au surplus qu’il y a un membre — les Etats-unis — qui dépense quasiment trois fois plus de budget de défense que tous les autres réunis. Cela donne une suprématie qui se réflète naturellement dans les choix de l’organisation. Cela n’existe pas au niveau européen. Enfin un Etat membre de l’OTAN (Turquie) a un ‘différend’ militaire (gelé) avec un Etat membre de l’UE (Chypre). En bref, il y a une sacrée ‘presque’ différence !
Une expérience née au fil des années
Enfin il y a près de 15 ans, quand l’Union européenne n’avait aucune expérience de mission de stabilisation, et sur des opérations où elle succédait à des opérations de l’OTAN, il y avait une « vraie » logique opérationnelle et politique à ce qu’elle recourt aux moyens de l’OTAN. Aujourd’hui, le QG de l’OTAN pour mener des opérations de l’OTAN est plutôt inadapté, et pour tout dire un peu « lourd » à manier pour les opérations de l’Union européenne.
Un ‘petit’ problème politique : le Brexit
C’est normalement le D-Saceur qui était le commandant d’opération des opérations européennes recourant au QG de l’OTAN. Le D-Saceur étant traditionnellement un Européen, et un Britannique, cela satisfaisait tout le monde ou presque. Avec le Brexit, cela prend une autre tournure. Avoir un commandant d’une nationalité autre qu’un membre de l’Union européenne, pour une opération européenne est un problème. Bien sûr officiellement la réponse : nous ne connaissons pas encore toutes les conséquences du Brexit et le Royaume-Uni est toujours membre de l’Union européenne… Cela c’est pour la galerie…
Exit un commandant britannique pour une opération européenne ?
Dans les couloirs, la question se pose réellement. B2 a interrogé quelques diplomates et militaires bon connaisseurs du dossier. Et la réponse est limpide : « Cela devra changer ! » répond un diplomate. « Il y a bien d’autres militaires que les Britanniques dans l’Alliance » réplique le militaire, dans une tournure assez … diplomatique finalement pour aboutir au même résultat. Exit le commandant britannique d’une opération de l’Union européenne. L’opération Althea tirant à sa fin… (avec à peine 600 soldats disponibles sur place … en comptant les Turcs !), d’ici un ou deux ans, se posera réellement la question de sa reconduction (les Britanniques n’étant plus là pour en défendre l’existence).
Un Varsovie + ou un Berlin + 2
Les accords de Berlin Plus avaient un atout … Ce qui est en jeu aujourd’hui n’est pas de les momifier en tentant de leur garder un semblant de vie alors qu’ils n’ont plus d’intérêt. C’est de les revivifier. Car c’est cela l’essentiel : trouver une modalité organisationnelle où l’Union européenne puisse bénéficier de la planification et de l’organisation militaires de l’Alliance (dont elle n’a pas les moyens). Et vice-versa… Le paradoxe c’est qu’à Varsovie, c’est un accord Varsovie + qui se dessine : c’est l’Alliance qui est désormais demandeuse de pouvoir bénéficier des atouts ‘civils’ de l’Union européenne notamment contre les menaces hybrides ou en matière de cyber-attaque ou de cyber sécurité.
(Nicolas Gros-Verheyde)
(*) NB : il y a plusieurs aspects et plusieurs accords de Berlin Plus. Le commentaire qui suit ne concerne que le volet opérationnel. Les autres aspects comme l’échange d’information sécurisée (signé le 14 mars 2003) ou l’intégration des plans de défense ne sont pas touchés.
Lire notre fiche Les accords de Berlin Plus
(crédit : ministère luxembourgeois des travaux publics)
(B2) Le jugement rendu sur plainte de la firme Price Waterhouse Coopers, par le Tribunal d’arrondissement de Luxembourg, le 29 juin, le jour du sommet européen est assez hallucinant. Il nous a fait réagir à l’Association des journalistes européens (section française). Au-delà de l’argumentation juridique, il s’agit d’une menace réelle, et inégalitaire, qui plane sur le journalisme européen.
C’est un appel que l’AJE lance donc aux institutions européennes. Faites preuve de courage, de cohérence et de lucidité. Proposez, adoptez une législation sur les lanceurs d’alerte, comme vous en avez proposé une sur le secret d’affaires. Nous demandons également aux organisateurs du Prix Charlemagne de faire preuve d’un peu d’audace et de décerner leur prochain prix aux protagonistes de cette affaire. Ils l’ont bien mérité. Avec le Luxleaks, ils auront considérablement fait avancer la lutte contre l’évasion fiscale (ou plutôt l’optimisation fiscale…).
Le jugement intervenu cette semaine au Luxembourg, condamnant Antoine Deltour et Raphaël Halet dans l’affaire LuxLeaks interpelle largement les journalistes de l’AJE. Au-delà de l’argumentation juridique, il s’agit d’un symbole très négatif qu’envoient le Luxembourg et l’Union européenne. Les banquiers sont libres. Les lanceurs d’alerte sont condamnés. La liberté de la presse cède le pas devant la liberté des entreprises. L’Europe a des valeurs vacillantes.
Cette condamnation fait peser aujourd’hui une menace sur tous les journalistes et le journalisme européen dans son ensemble. C’est d’ailleurs l’objectif précis de telles procédures. Il ne s’agit pas d’obtenir réparation d’un dommage mais bel et bien d’intimider, de réduire à néant tout esprit d’information. Quel média va se lancer aujourd’hui dans une enquête délicate s’il sait qu’il peut se faire condamner demain par un tribunal ? Comment des ‘sources’ oseront prendre le risque de communiquer des informations importantes si elles savent qu’elles pourront être condamnées pénalement et/ou civilement ? Comment peut-on défendre un journalisme, indépendant, sans sources d’information ? Sans sources, le journalisme est un leurre. C’est juste un instrument de reproduction des communiqués de presse comme dans n’importe quel régime autoritaire.
La question n’est pas de savoir si la législation luxembourgeoise est adaptée ou non. La question est européenne. L’AJE lance donc un appel aux institutions européennes, à Jean-Claude Juncker le président de la Commission européenne, à Martin Schulz et aux parlementaires européens, à Donald Tusk, le président du Conseil européen. Vous avez voulu protéger le secret d’affaires, pour des raisons légitimes. Protéger la liberté de la presse et les sources d’information est, au moins, aussi légitime, sinon davantage. L’AJE demande une nouvelle législation qui permette la protection des lanceurs d’alertes, la protection des sources d’informations partout en Europe. Il ne faut plus tarder aujourd’hui. Il en va du contrôle démocratique. L’Europe n’est pas qu’un simple marché, aux mains des intérêts économiques. Il faut le démontrer. Elle doit être un espace démocratique où les valeurs de liberté et d’information sont protégées. L’intérêt particulier ne doit pas l’emporter sur l’intérêt général.
L’AJE-France lance également un appel aux organisations du Prix Charlemagne pour qu’ils réfléchissent à décerner à Antoine Deltour, Raphaël Halet, Edouard Perrin et tous les autres lanceurs d’alerte le prix Charlemagne l’année prochaine. Ils ont agi pour le bien de l’Europe. Ils ont favorisé une prise de conscience comme le Pape, cette année, a reçu ce prix pour avoir favorisé une prise de conscience sur le droit d’asile. Ce serait juste. Ce serait équitable.
(NGV)
(B2) Il s’appelle Philip (*), est juriste. Il a tout pour plaire. « Brillant, intelligent, attachant » selon ceux qui l’ont côtoyé. En un mot, séduisant. D’origine somalienne — du Somaliland — plus exactement, il parle le Somalien. Et, il est recommandé par Londres qui l’a détaché au sein de la mission européenne. C’est donc la recrue parfaite pour servir au sein de la mission européenne chargée d’aider les Somaliens à remonter leur force de sécurité maritime (EUCAP Nestor).
Mais, en fait, de détaché, Philip, est… très détaché ! Il travaille en solo au sein de la mission. Son poste au sein de Nestor est, en fait, une « couverture » idéale pour mener d’autres activités. Il a ainsi de sa propre initiative fait circuler des analyses juridiques estampillées « UE » dans lesquelles il faisait la part belle aux revendications du Somaliland en matière de « zone économique exclusive » (ZEE). Ce qui a suscité quelques « explications de gravure ». Le gouvernement central somalien était furieux. Et il a fallu aller « au front » pour démentir tout caractère officiel de ces documents.
Comme le confie à B2, une source digne de confiance, « il était très vraisemblablement en contact, au moins occasionnels, avec certains « services », britanniques ou autres… Un jour survient un autre incident plus embêtant pour l’Union européenne. Il est pincé sur le fait par la police de Djibouti, qui n’est pas vraiment réputée pour être laxiste… Seul hic, Philip est normalement basé au Kenya, à plusieurs milliers de km de là et n’a rien à faire à Djibouti, mais vraiment rien à faire là, encore moins à l’hotel Kempinski, l’hôtel de luxe de la capitale djiboutienne.
L’excuse des « vacances pour rencontrer de la famille » ne leurre personne. Il ne faut pas prendre les Djiboutiens pour des c… Ils le mettent au frais au motif « d’atteinte à la sécurité de l’Etat ». L’inculpation est sérieuse. On ne badine pas avec l’Etat dans ce petit coin de la Corne de l’Afrique. Les Djiboutiens ont flairé un lien avec l’affaire Boreh, un homme d’affaires franco-djiboutien, opposant au président Guelleh et condamné par contumace. De fait, Philip a tout bonnement agi, pour le compte d’un cabinet d’avocat britannique, afin trouver quelques contacts et ramasser des éléments permettant de défendre Boreh.
Grillé, Philip n’a pas fait long feu. Il a été « rapatrié » à Londres. Pas pour longtemps. Une autre affectation lui a été trouvée, une couverture plus directe, comme expert sur le Somaliand, au sein de l’UNODC, le programme des nations-unies sur les drogues et la criminalité.
NB : Le fait pour les Etats membres d’avoir au sein des missions des « hommes » (ou des femmes) à eux dans les missions européennes est un fait connu de tous et même accepté. C’est même la raison d’être de certains personnels détachés, qui ont parfois pour objectif principal de « rendre compte » à leur capitale du déroulement de la mission, du contexte local, etc. Etre au sein d’une mission européenne, avec une certaine immunité diplomatique est une excellente couverture. En revanche, mener des opérations « under cover » visant à déstabiliser ou contredire les Etats d’accueil est plus rare et pour le moins dangereux.
(Nicolas Gros-Verheyde)
Le bâtiment du Danubiana planté sur une presqu’île au milieu du Danube (© NGV / B2)
(BRUXELLES2 à Bratislava) De passage à Bratislava lors des prochains mois, ne ratez pas l’exposition European Stars- Miró& CoBrA qui vient d’ouvrir (et se déroule jusqu’au 13 novembre). Elle est située un peu en dehors de la ville, au musée Danubiana. Prévoir donc un peu de temps pour y aller *
En ces temps turbulents pour l’Europe, certaines oeuvres exposées prennent une résonance particulière tel ce Banquet des Idoles de Rancinan – revisitant tous ceux qui ont fait la scène médiatique de Jésus à Madonna ou de Mère Théresa à Einstein – ou une « fin du commencement » de Martin Varholik ou un Red Wedge de Jankovic. Quant à la devise de Cobra définie par Constant « we work for tomorrow’s world », elle a une tonalité très actuelle.
Le bâtiment original en forme de bateau est situé au bord du Danube, et plusieurs oeuvres s’insèrent parfaitement dans le paysage, au point qu’on les prendrait pour des peintures ou portraits réalistes. Certaines oeuvres sont placées dans le jardin, d’autres se nichent dans certaines coins, y compris sur le toit du bâtiment.
Outre les oeuvres de Miró (peintures, peintures, sculptures, dessins, gravures, tapisseries…) et celles du groupe CoBrA (Alechinsky, Appel, Constant, Corneille, Niewenhuys, Henning Pedersen, etc.) l’intérêt de la visite est de découvrir les artistes slovaques (Rudolf Fila, Jozef Jankovic, Ivan Pavle…), tchèques, hongrois (Ilona Keserü), macédonien (Kiro Urdin)… qui valent aussi le coup d’oeil attentif. Au total, une centaine d’oeuvres sont ainsi exposées provenant d’un prêt de la famille Joan Miró, de la collection Meulensteen, du Musée de Amstelveen (Pays-Bas).
(Nicolas Gros-Verheyde)
Pour s’y rendre :
Un centre sportif et aquatique avec rafting et autres activités se situe à proximité si vous voulez compléter la découverte artistique par un peu de détente physique.
le HMS Vanguard (crédit : UK Royal Navy)
(BRUXELLES2) Jusqu’au dernier moment les sondages ont fait traîner un leurre, le « Remain » l’emportant assez largement. Jusqu’à minuit on était encore à des sondages gagnant à 52% (YouGov) voire à 54% (IpsosMori). Avant de battre en retraite piteusement. Le Brexit s’installait durablement durant la nuit au fur et à mesure des dépouillements dans l’Angleterre traditionnelle. Les pro-européens ont dû déchanter. Le ‘Leave » avait gagné. Mon analyse tranche sans doute avec la plupart des commentaires apitoyés. Mais je ne suis pas sûr que le Brexit — qui pose toute une série de questions — soit le désastre annoncé… pour plusieurs raisons. C’est un saut certain dans l’inconnu… Mais un saut contrôlé !
Le résultat était-il une totale surprise ?
Le contraire aurait été surprenant. Cela fait des années que les principaux journaux à gros tirage (Daily Mail, Daily Telegraph, Daily express) montrent, exemples à l’appui (souvent les plus farfelus…) que l’Europe n’est pas une bonne chose et qu’il serait bien meilleur d’être tout seul. Ils ont fait une campagne intense en faveur du Brexit. Cela fait des années, aussi, que de nombreux responsables politiques pointent du doigt Bruxelles pour éviter de s’interroger. David Cameron n’ayant pas été le dernier dans ce sport de l’ ‘Europe Bashing’. Sa volte-face pro-européenne, aurait constitué un véritable tour de force s’il avait réussi.
Est-ce une catastrophe pour l’Europe ?
Ce n’est pas sûr. D’une part il y aura un accord avec le Royaume-Uni pour permettre aux Européens et aux Britanniques de continuer à commercer et à se financer ensemble. La City, l’industrie, l’économie britannique ont besoin des débouchés européens. Et vice-versa. Il y a une convergence très nette d’intérêts qui va pousser dans le sens d’un accord permettant au Royaume-uni de continuer à s’arrimé économiquement au continent. Cette solution convient d’ailleurs aux Britanniques : bénéficier sans participer. Lire : Après le Brexit : fini le marché unique et tout le reste ? Raison gardons ! Scénarios… Ensuite tout dépend de la réaction des pays fondateurs qui, jusqu’à présent, sont restés (depuis une dizaine d’années) très timides (un mot gentil !) sur la construction européenne.
Un accord est-il facilement négociable ? Rapidement ?
L’accord ne sera pas facile à négocier. Car il y a une série de liens à dénouer et … à renouer. C’est un peu une procédure d’élargissement à l’envers. Dans cette négociation, il reste deux atouts majeurs : 1) le Royaume-Uni reste membre des autres organisations européennes (OCDE, Conseil de l’Europe, OTAN, OSCE) et il peut revenir à l’AELE qu’il avait contribué à créer. 2) Le Royaume-Uni ne participe déjà pas à la moitié des politiques européennes (Euro, Espace Schengen, Coopération policière et judiciaire). Il n’est pas membre ainsi de la Banque centrale européenne, de l’Agence Frontex. En matière de défense européenne, il reste un ‘outsider’.
Peut-on arriver rapidement à un accord ?
Ce sera difficile. Mais on peut penser que la négociation pourrait être plus rapide que prévu, au moins sur l’essentiel : l’économie. Il est hors de question pour le Royaume de laisser planer une quelconque incertitude pour les investisseurs étrangers, et pour tous les secteurs économiques (finances, commerce maritime, industrie, immobilier…) essentiels à l’économie britannique et sensibles aux mouvements extérieurs. Les derniers temps, ceux-ci ont retenu leur signature, ou inséré une « clause Brexit » de révision possible du contrat. Ce serait arrêter toute la machine économique britannique. Dès l’annonce du Brexit, les bourses ont chuté. Si l’incertitude se prolongeait, ce mouvement superficiel, de mauvaise humeur pourrait, lui aussi, se prolonger et endommager gravement l’économie britannique. Un accord, au moins transitoire, devrait donc être annoncé rapidement. La City insiste ainsi pour une solution provisoire.
Quand démarre la négociation ?
Officiellement il faut attendre la notification par le gouvernement britannique de sa décision de sortir de l’Union européenne et de faire jouer la procédure prévue à l’article 50 du traité européen (Lire : Brexit ! Quelle procédure pour le retrait ? Quand est-ce applicable ?). Dans les faits, point besoin d’attendre. Dès maintenant, juristes et sherpas sont au travail pour bâtir une solution convenable pour tout le monde. Si aucun délai n’est fixé pour la notification dans les traités, on peut se demander si une notification qui est juste la transcription des résultats d’un vote populaire peut vraiment tarder plusieurs mois. C’est douteux juridiquement et, surtout, très dangereux politiquement et… économiquement.
Quelles conséquences sur le gouvernement britannique ?
Il va être secoué. Ce référendum est une décision propre, personnelle, de David Cameron. Une promesse de campagne. Rien ne justifiait ni au niveau politique ni au niveau juridique la mise en place d’un référendum sur l’Union européenne. Le Premier ministre britannique s’est engagé pleinement dans la campagne, énergiquement. Mais il va désormais devoir assumer ce qui est, avant tout, sa défaite, personnelle. Il a d’ailleurs annoncé sa démission… d’ici le mois d’octobre, le temps de trouver un remplaçant. Les Tories vont sortir affaiblis de la bataille qui les a divisés.
Quelles conséquences pour le Royaume-Uni ?
C’est une vraie question. L’Ecosse, proprement européenne, pourrait être tentée par l’aventure solitaire et rejoindre de façon indépendante l’Union européenne. Ce qui est juridiquement tout à fait possible à condition que ce soit politiquement possible (avec un second référendum sur l’indépendance en Ecosse). Il suffit de négocier un accord dans l’accord pour permettre la continuation des Ecossais aux accords liant le Royaume-Uni à l’Union européenne. En soi, la question écossaise n’est pas très préoccupante pour la stabilité européenne… Le problème plus inquiétant, et souvent minoré, est l’Irlande du Nord. L’accord de paix signé en Ulster n’est pas encore parfaitement consolidé. L’idée d’une Irlande réunifiée est évoquée aujourd’hui clairement par certains partis comme le Sinn Fein (gauche, ancienne branche politique de l’IRA).
Quelles conséquences pour l’Europe ?
Elles sont difficiles à estimer. Mais ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que l’Union européenne va sérieusement devoir réfléchir à son fonctionnement. La méthode du « vélo » semble morte. Les institutions européennes sont déconnectées de la population. Et la faute n’en revient pas au Royaume-Uni mais … aux pays fondateurs.
Quelles conséquences pour la défense européenne ?
Aucune ! (Lire : Brexit. Le Britannique est-il nécessaire à l’Europe de la défense ? (et article à suivre)
(Nicolas Gros-Verheyde)
Lire aussi : God save the Queen ! L’Europe à la veille d’une révolution politique ?
et notre dossier N°38. Brexit ou Remain. Quand le Britannique se tâte sur l’Europe