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Proche-Orient : à la recherche de la paix, désespérément. Avec Ofer Bronchtein

Wed, 21/01/2026 - 17:50
Pascal Boniface · Proche-Orient : à la recherche de la paix, désespérément. Avec Ofer Bronchtein | Entretiens géopo

Aujourd’hui, l’évocation d’une « paix » à Gaza soulève de profondes interrogations. Dans un contexte où le cessez-le-feu annoncé par Israël demeure largement contesté sur le terrain, où la colonisation progressive de la Cisjordanie se poursuit, et où l’initiative de Donald Trump autour d’un « forum pour la paix » contribue à fragiliser davantage un équilibre diplomatique déjà précaire, la perspective d’une paix, bien qu’elle soit au cœur des préoccupations, semblent s’éloigner davantage. Ce paradoxe résonne également dans le cadre français. La reconnaissance de l’État de Palestine par Emmanuel Macron marque un geste politique fort, mais qui reste pour l’heure peu suivi d’effets concrets, reflet d’un contexte international où les marges de manœuvre des puissances extérieures se réduisent, et où la polarisation des sociétés gagne du terrain.

Pour comprendre cette impasse, il faut revenir aux racines du conflit : comment et pourquoi en est-on arrivé à une telle situation politique ? Comment ce conflit est-il exporté et instrumentalisé ailleurs, notamment dans les tensions entre communautés juives et musulmanes ? Quelles sont les perspectives de paix envisageables ?

Pascal Boniface reçoit Ofer Bronchtein, envoyé spécial d’Emmanuel Macron pour le Proche-Orient et militant pour la paix, dans ce podcast.

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Pourquoi les Européens doivent maintenir une présence militaire stable au Groenland 

Wed, 21/01/2026 - 11:51

Depuis que Donald Trump a annoncé vouloir annexer le Groenland aux États-Unis avec les bonnes ou les mauvaises manières, les Européens se retrouvent une fois de plus au pied du mur. Comme en Ukraine, ils sont de nouveau confrontés aux effets délétères de leur impuissance et de leur dépendance stratégique à l’égard de Washington.

Certes, ce n’est pas la première fois qu’ils doivent composer avec les conséquences géopolitiques de décisions qui ne sont pas les leurs : au fond, l’Europe dépend des États-Unis pour sa sécurité depuis plus de sept décennies. Mais, cette fois, la donne a changé. Cette dépendance ne se décline plus par rapport à un allié. Elle s’exerce à l’égard d’une puissance hostile, prédatrice, qui ne jure que par les rapports de force et s’affranchit des principes les plus élémentaires du droit international.

Face à cette nouvelle réalité, le cœur du « problème groenlandais » ne tient plus seulement au tropisme néocolonial de la puissance américaine. Il tient aussi à la faiblesse européenne. Car si les prétentions de Donald Trump sur le Groenland sont inacceptables – et ne sauraient donc être entérinées – le président des États-Unis met néanmoins le doigt sur une question réelle : celle de l’exercice concret de la souveraineté sur la plus grande île non continentale du monde dans le long terme.

Avec l’ouverture progressive de l’Arctique, les progrès technologiques et la montée inexorable des rivalités entre puissances, il est peu probable que, dans les décennies à venir, les quelque 56 000 habitants locaux et les cinq millions de Danois – installés à plus de 2 000 kilomètres – puissent, à eux seuls, garantir la maîtrise du Groenland. Or, le pouvoir a horreur du vide : qu’on le veuille ou non, tôt ou tard cette question était appelée à se poser.

La sécurité de l’île pourrait bien entendu être assurée par l’OTAN, comme le clament apeurés les Danois et les Européens. Ces derniers ont rappelé à plusieurs reprises au locataire de la Maison-Blanche que les États-Unis disposent déjà de bases militaires au Groenland et que la porte leur est grande ouverte dans le cas où ils voulaient en bâtir de nouvelles. Rien n’empêcherait les Américains de mettre l’île à l’abri de toute hypothétique ambition future de la Chine ou de la Russie, sans pour autant l’annexer.

C’est précisément là que se situe le problème. Certains Européens ne l’ont peut-être pas encore compris, mais les États-Unis ne sont plus disposés à assumer leur sécurité, et évoquent même une « européanisation » de l’OTAN. Dans ces conditions, il est difficile d’imaginer qu’une solution strictement otanienne puisse leur convenir. Pourquoi, en effet, Washington sécuriserait-il un territoire destiné à rester danois, et qu’il perçoit en outre comme quasi dépeuplé – puisque l’opinion des Groenlandais ne semble pas entrer dans l’équation ?

Le raisonnement de Trump sur ce point est simple, brutal, et – à ses yeux – imparable : si ce sont les États-Unis qui doivent protéger le Groenland des ambitions chinoises ou russes, alors ce sont eux qui doivent le gouverner.

Que peuvent faire les Européens pour s’opposer à leur prétendu allié ? Sur le Vieux Continent, l’idée de déployer des soldats sur le terrain – à la demande des Groenlandais et des Danois – a suscité de vives critiques. Pour certains, cette option serait inutile. Pourtant, elle pourrait malgré tout présenter un intérêt.

Une présence européenne ne dissuaderait probablement pas Donald Trump de s’emparer de l’île s’il décidait d’aller au bout de son ambition, coûte que coûte. Elle ne l’empêcherait pas non plus de déployer ses propres troupes, en proclamant haut et fort que le Groenland lui appartient désormais. On peut toutefois espérer que des soldats américains n’attaqueraient pas des soldats européens présents sur place – et réciproquement.

Les Occidentaux se retrouveraient alors dans une situation ubuesque : deux forces militaires, venues de part et d’autre de l’Atlantique, coexisteraient sur le sol groenlandais, chacune revendiquant la souveraineté sur l’île. Ce scénario serait plus qu’absurde ; il aurait même quelque chose de grotesque. Mais il aurait au moins un mérite : il permettrait aux Européens de montrer au monde et, surtout, à eux-mêmes, que pour une fois – peut-être pour la première fois – ils ont été capables de rejeter les diktats de Trump, et ont su lui dire non.

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Gaza : le crime contre l’humanité paie | Proche-Orient : comment en est-on arrivé là ? (2/5)

Tue, 20/01/2026 - 17:14

Deuxième épisode sur six de ma série « Proche-Orient : comment en est-on arrivé là ? ».

La communauté internationale « s’est laissé glisser » sur la question palestinienne, permettant à Benyamin Netanyahou de poursuivre librement une stratégie visant à rendre matériellement impossible la création d’un État palestinien et à laisser prospérer la réalité de l’occupation et de la dépossession.

Cette situation, dont la résolution semble aujourd’hui hors de portée, résulte de l’impunité dont Netanyahou a bénéficié et de l’absence de sanctions, renforçant le sentiment d’impuissance. Face à des propos ouvertement racistes et suprémacistes, le silence et l’inaction demeurent. Chaque jour qui passe joue en faveur d’Israël, qui ne subit aucune pression extérieure.

Quant à la crédibilité morale et politique de l’Europe, elle est lourdement affectée par le contraste entre son absence de réaction concernant la situation au Proche-Orient et la rapidité avec laquelle des sanctions ont été imposées contre la Russie.

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L’UE face à Trump : Stop ou encore ? | Les mardis de l’IRIS

Tue, 20/01/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Federico Santopinto, directeur de recherche à l’IRIS, autour de l’avenir des relations entre les États-Unis de Donald Trump et l’Union européenne dans un contexte marqué par la montée des tensions autour du Groenland et par des annonces de hausse des droits de douane par Donald Trump.

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Adieu aux armes ou nouvelle désillusion ? Une mise en contexte du processus de résolution de la question kurde en Turquie

Tue, 20/01/2026 - 12:18

Cette note analyse la nouvelle phase du processus de résolution de la question kurde marquée par l’autodissolution du PKK en mai 2025. Il montre comment ce processus s’inscrit à la fois dans les dynamiques politiques internes d’un régime autoritaire et dans les bouleversements régionaux, notamment la reconfiguration de l’État syrien. En replaçant la séquence actuelle dans la continuité historique du conflit entre le PKK et l’État turc et des tentatives antérieures de règlement politique, il met en évidence les facteurs ayant conduit à leurs échecs. Après avoir expliqué les différentes étapes et les principaux acteurs du processus en cours, il procède à une analyse critique de la perspective du gouvernement turc en s’appuyant sur les discours et les écrits de ses représentants. Mettant en avant la poursuite des mesures répressives à l’égard de toutes les oppositions et la distinction imposée entre le « processus de résolution » et les éventuelles réformes de démocratisation, il conclut que l’approche privilégiée demeure avant tout sécuritaire plutôt que politique, ce qui réduit les chances d’une résolution durable et d’une ouverture démocratique.

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Radiographie (ou autopsie ?) de la Coopération structurée permanente et leçons pour la coopération capacitaire européenne

Mon, 19/01/2026 - 16:55

La Coopération structurée permanente (CSP ou PESCO en anglais), établie par le traité de Lisbonne en 2008, est le cadre politique et juridique censé accueillir les coopérations en matière de défense entre États membres au sein de l’Union européenne (UE). Le principe : les États voulant coopérer sur un sujet en particulier se regroupent, les États ne voulant pas de cette coopération ne le font pas, suivant l’idée simple de « volontaires et capables » (« able and willing »). En somme, plusieurs coalitions des volontaires, facilitées par l’UE. Or, Plus de huit ans après son lancement en 2017, quel en est le résultat ? Il est inquiétant. L’objectif de cette étude est ainsi de présenter une image la plus objective possible de l’état de la CSP fin 2025, sans nier les limites de l’objectivation. L’étude présente l’ensemble des projets, leur composition, leurs participants, leurs progrès, etc. Les résultats sont clairs : par exemple, seulement 3 projets (sur 83 lancés) ont atteint leurs objectifs en huit ans. La CSP n’a pas réussi à devenir le cadre de coopération européenne par excellence et n’a donc pas permis de renforcer la défense européenne.

La CSP serait-elle ainsi la chose à abattre ? L’exemple le plus flagrant de l’échec de la coopération européenne en matière d’armement ? La coopération est une méthode, les cadres de coopération sont des moyens, et les deux ne sauraient être un objectif eux-mêmes. Ce sont bien justement les objectifs qui sont en cause, et plus particulièrement les États qui les fixent. Ces derniers sont bien les acteurs qui ont limité les potentiels de la coopération européenne comme méthode de renforcement de la défense commune, et cette responsabilité est visible à travers l’étude des projets de la CSP.

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UE Trump : la soumission n’est plus possible

Mon, 19/01/2026 - 15:57

Les menaces de Donald Trump de prendre possession du Groenland se sont multipliées depuis le début de son mandat. D’abord prises à la légère, elles l’ont été à tort : il s’agit d’une volonté qu’il ne cesse de réaffirmer.

Cette ambition s’inscrit dans son objectif proclamé de faire des États-Unis « le plus grand pays du monde », notamment par le contrôle de ressources stratégiques comme les terres rares, en dépit de l’opposition du Danemark et des pays européens, des résistances qui comptent peu à ses yeux.

Les Européens ont, jusqu’à présent, trop souvent cédé aux volontés de Donald Trump. Or, la protection ou la bienveillance étatsunienne n’existent plus : au contraire, le président américain multiplie les exigences et les insultes, sans respecter la souveraineté des États européens. La notion de « monde occidental » perd ainsi de sa pertinence. Il est désormais temps de dire non aux États-Unis, une position également soutenue par les opinions publiques européennes. L’enjeu est de démontrer que l’Europe est capable de défendre ses propres intérêts afin de regagner en crédibilité sur la scène internationale.

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Les convergences criminelles : un défi pour la coopération

Fri, 16/01/2026 - 14:57

Les convergences criminelles ne sont pas un phénomène nouveau mais les diverses évaluations de la menace que représente la criminalité organisée font apparaitre à la fois une porosité croissante entre les types de trafics et une expansion des partenariats criminels. Il en résulte un écosystème polycriminel, soutenu par des interactions fluides entre des acteurs criminels qui orientent leurs activités et changent de modèle économique au gré des opportunités, tirant ainsi parti de la diversification et de la connectivité des trafics.

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Gaza : triomphe du silence coupable | Proche-Orient : comment en est-on arrivé là ? (1/5)

Fri, 16/01/2026 - 14:50

Premier épisode sur six de ma série « Proche-Orient : comment en est-on arrivé là ? ».

Blocus humanitaire, nombre astronomique de morts, amputations sans anesthésie, destructions d’infrastructures publiques, corps brûlés vifs, ville quasi rasée… Sur Gaza, comment avons-nous fait pour accepter ce que l’on qualifie d’inacceptable ? Comment expliquer que, 27 mois après le 7 octobre, la population gazaouie est toujours traitée de façon inhumaine ? S’ajoute à cela la violence déchainée des militaires israéliens et des colons en Cisjordanie ainsi que de forts traumas psychiques pour toute la population palestinienne. Malgré la libération des otages et la mise en place d’un semblant de cessez-le-feu, les horreurs continuent. En France, il est impossible de parler de cette tragédie : on est accusé de vouloir diviser la société française, d’importer le conflit. Si quelqu’un ose mettre en avant la réalité à Gaza, il est marginalisé et subit des répercussions sur le plan professionnel et personnel. En revanche, ceux qui reprennent la sémantique du gouvernement israélien et nient le génocide sont mis en avant dans l’espace médiatique et sont récompensés. Sur Gaza et la Palestine, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Nombreux sont ceux qui, en revanche, pourront dire « je savais mais je me suis tu par lâcheté, pour ne pas avoir de soucis ». C’est le triomphe du silence coupable.

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Groenland, miroir du monde

Fri, 16/01/2026 - 12:37

Premier point : la bascule. Au cours de la décennie précédente, parler du Groenland et de l’Arctique consistait principalement à traiter des changements climatiques. Non sans raison. Le pôle Nord est l’un des principaux thermomètres des évolutions météorologiques sur Terre. La fonte des glaces et l’élévation du niveau de la mer préoccupaient. La protection des écosystèmes naturels s’affichait en haut des agendas de coopération à propos de cet espace fragile, dont le réchauffement rapide traduisait à sa manière ce tic-tac climatique, réacteur au cœur ce siècle. Rien de cela ne s’avère moins important de nos jours. Au contraire, le tic-tac s’accélère. En revanche, en l’espace d’une décennie, entre l’accord de Paris sur le climat et aujourd’hui, la géopolitique prend le dessus. Mais pas n’importe laquelle, la dure, celle qui menace et qui s’exprime par des rapports de force. Le Groenland est un exemple probant de territoires hier regardés comme à sauvegarder, désormais évoqué comme à défendre ou à conquérir. La trumpisation des relations internationales, lancée dès le premier mandat de Donald Trump, c’est aussi cela : écarter les risques climatiques, faire de la place aux appétits stratégiques. Le président des États-Unis participe comme d’autres à cette géopolitique des hippopotames, féroces – véloces et polygames, dont j’avais parlé en sortie de Covid, pour qualifier la nouvelle ère dans laquelle nous étions entrés. D’autres depuis parlent de prédateurs, sans doute pour mieux interroger le régime trop longtemps observé par les Européens : un véganisme stratégique, à la fois militaire, économique et industriel. L’image de l’hippopotame garde ma préférence, puisqu’il est herbivore, mais s’avère carnivore si besoin, c’est-à-dire quand il a très faim. Et il est rapide, comme l’est Trump, pour parfois déboussoler tout le monde, les surprendre et les stupéfier. Quand on fait plusieurs tonnes, mais que l’on court plus vite qu’un sprinter, il y a de quoi créer l’étonnement après avoir défié les lois de la gravité. Quant à sa polygamie, l’hippopotame l’assume pleinement : pourquoi s’embarrasser d’engagements solides et durables. Tout doit être intéressé, transactionnel et jetable. Les alliances, les traités, le droit. Le Groenland affiche un menu devenu hélas à l’image du monde. Pas simplement plus chaud d’un point climatique. Plus chaud aussi sur le terrain de la géopolitique, car brutal et tropical (n’avons-nous pas des sueurs froides en ce moment ?).

Second point : le grand écart. La liste serait longue des sujets illustrant la distanciation grandissante entre les deux rives de l’Atlantique. Et précisons que Donald Trump n’a pas le monopole dans la responsabilité de cette performance. La relation entre les États-Unis et l’Union européenne est émaillée de tensions et de rivalités plus anciennes que l’émergence du trumpisme. Disons que Donald lui donne une saveur bien plus pique-sous. Le cas groenlandais est emblématique d’un incroyable scénario : en ce début d’année 2026, nous en venons à nous demander si les États-Unis pourraient prendre possession de cette île dépendant du Royaume du Danemark, si des soldats de l’OTAN pourraient se retrouver face à face sur cette terre de glaces. Comment expliquer que nous puissions en arriver là, alors que nous célébrions en 2024 les 80 ans du débarquement allié en Normandie, pour rappeler alors avec gravité à quel point la conquête de la paix constituait une épreuve redoutable, un bien précieux, à la valeur inestimable. Nous voilà désormais avec une administration Trump gesticulant sur le Groenland, évoquant l’hypothèse de l’acheter ou d’en prendre pleinement possession, n’en déplaise aux Danois et à ces Européens timorés. La nouvelle doctrine Donroe conjecture un affaiblissement généralisé de l’Europe, nous ne serions pas capables de garantir la sécurité du Groenland, faute de moyens, déjà réels, et potentiellement plus faibles demain. Trump le futuriste, qui craint que la Chine devienne une puissance polaire, qui reste attentif aux Russes et à leurs coups de griffe dans l’Arctique, entend donc contrôler le Groenland avant qu’il ne soit trop tard. Les États-Unis peuvent déjà y opérer militairement depuis un accord de 1951, mais cela ne suffit plus. Il faut croquer à pleines dents. Tic-tac. Et pour l’UE, une énième provocation grandeur nature. Nos ambassadeurs aux pôles pourront-ils rester diplomates, scientifiques ou écologistes, ou devront-ils tôt ou tard porter le treillis ? Là n’est pas la question.

En effet, troisième point avec ce Groenland miroir grossissant de ce monde : l’équilibre. Qui consiste à ne jamais oublier dans l’analyse des relations internationales à quel point la géopolitique des ressources prédomine. Nous Européens, nous nous sommes plu à moraliser les relations internationales. Nous avons raison de vouloir encore le faire. Mais nous devons aussi constater, avec la lucidité stratégique nécessaire, que tant d’autres puissances cherchent avant tout à monétiser leurs relations internationales. Trump est un super-chargeur en la matière. Et donc pour en revenir à ce Grand Nord qui devient le nouvel espace à promesses, qu’elles soient navigables, énergétiques ou minérales, nous y sommes. Tous les acteurs n’observent pas cette région comme le baromètre de nos risques climatiques. La faim de ressources n’est pas tarissable. Au Groenland se trouveraient 10% des réserves en eau douce de la planète, 10 à 15% des terres rares, des quantités de sable considérables (plus précisément des granulats marins, indispensables dans la construction notamment), sans oublier ces farines de roches glaciaires (l’or gris de cette île) à même de développer des engrais verts pour demain mieux fertiliser les sols agricoles de la Terre. Nous disions équilibre pour rappeler que l’économique n’est jamais loin des affaires internationales. Il est même généralement central. Les États-Unis, comme d’autres puissances jamais rassasiées, mettent rarement cette variable en note de bas de page. Si nous perdons de vue l’économique encore trop longtemps dans notre boussole stratégique, alors nous Européens, aurons certes toujours raison sur l’écologique et le droit, mais pourrions ne plus mener ces combats historiques faute d’outils robustes à notre disposition. Le Groenland nous invite à réfléchir à ce monde qui se réchauffe, et climatiquement et géopolitiquement. Donc aux déséquilibres actuels et en devenir.

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Les composants électroniques au cœur de la rivalité technologique entre la Chine et les États-Unis

Wed, 14/01/2026 - 18:34

Le contrôle de l’industrie des composants électroniques et plus particulièrement des microprocesseurs, éléments essentiels au fonctionnement des multiples produits connectés et aujourd’hui de l’intelligence artificielle, est central dans la rivalité technologique qui s’exacerbe entre la Chine et les États-Unis. Chacun des deux pays bénéficie dans cette industrie de forces et de faiblesses dont les dynamiques conduisent à des confrontations mais aussi à des négociations qui permettent l’existence d’un équilibre fragile. La Chine possède une grande partie des terres rares essentielles à la production des composants mais accuse un retard technologique qui se réduit mais reste notable. Les États-Unis, forts de l’antériorité de leur industrie sur ce marché et de la puissance des GAFAM, sont de plus en plus dépendants des pays asiatiques pour leur approvisionnement en terres rares et pour la production des composants électroniques. On a constaté en 2025 que la menace brandie par les autorités chinoises d’une limitation des exportations de terres rares dont elle représente 70 % de la production mondiale a conduit très rapidement l’administration américaine à revenir sur ses menaces d’une augmentation très importante des droits de douane sur les importations
chinoises.

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La France face au défi énergétique. Avec Anne Lauvergeon

Wed, 14/01/2026 - 18:02
Pascal Boniface · La France face au défi énergétique. Avec Anne Lauvergeon | Entretiens géopo

La France et l’Europe sont-elles condamnées à une dépendance énergétique ? Alors que la question énergétique est devenue indissociable de celle des changements climatiques, l’Europe a décidé de miser sur le développement d’énergies renouvelables. L’accent mis sur cette lutte contre les changements climatiques a progressivement éclipsé d’autres enjeux pourtant fondamentaux, tels que la compétitivité économique, la sécurité industrielle et l’indépendance énergétique. Dépendante de l’importation de gaz russe avant la guerre en Ukraine, l’Union européenne a tenté de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou en se tournant vers d’autres partenaires. Elle s’approvisionne notamment désormais en gaz naturel liquéfié américain. Mais, par ce biais, n’a-t-elle pas remplacé une dépendance énergétique par une autre ? À cette équation s’ajoute la question des minerais et métaux critiques indispensables à la transition énergétique comme au développement de l’intelligence artificielle. Leur disponibilité constitue aujourd’hui un enjeu stratégique majeur, alors même que la France et l’Europe disposent de capacités limitées d’extraction et font face à de fortes contraintes réglementaires.

Quelle place la France et l’Europe occupent-elles aujourd’hui sur la scène énergétique internationale ? Comment repenser la stratégie énergétique française, et plus largement européenne, pour concilier principes, souveraineté et réalisme ?

Entretien avec Anne Lauvergeon, présidente d’honneur d’Areva, directrice du fonds d’innovation ALP et membre du conseil d’administration de l’IRIS.

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Iran : la contestation s’amplifie, la répression aussi

Wed, 14/01/2026 - 10:36

Depuis le 28 décembre 2025, en Iran, des centaines de milliers de personnes s’emparent des rues contre un régime principalement maintenu par la coercition, dont le soutien populaire est désormais très limité et se cantonne essentiellement aux franges les plus conservatrices de la société. Les contestations sont à la fois d’ordre économique et liées aux restrictions des libertés alors que les conditions de vie dans le pays deviennent insupportables. Il s’agit de l’un des mouvements de contestation les plus massifs et les plus radicaux observés depuis la révolution de 1979. La répression est à la hauteur de l’ampleur du mouvement, avec des centaines de morts et la coupure du réseau internet. Le principal talon d’Achille de l’opposition iranienne demeure toutefois sa profonde fragmentation : aucune figure d’opposition consensuelle n’émerge, les principaux représentants de la société civile étant emprisonnés ou contraints à l’exil. La chute du régime iranien est-elle imminente ? Faut-il s’attendre à une intervention étrangère, notamment de la part des États-Unis ? Quoi qu’il en soit, cette séquence met en lumière les contradictions de certains acteurs qui applaudissent certaines contestations populaires mais en ignorent ou en disqualifient d’autres. C’est notamment le cas de ceux qui réclament la chute du régime iranien uniquement en raison de son opposition à Israël et aux États-Unis, sans réel intérêt pour sa nature tyrannique ni pour le sort du peuple iranien.

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Nouvelle vague de contestation en Iran : amorce d’un processus révolutionnaire ?

Tue, 13/01/2026 - 17:48

Depuis le 28 décembre, une nouvelle mobilisation sociale et politique traverse l’Iran et semble prendre une ampleur considérable.

Les causes de la protestation, initialement organisée par les bazaris, réputés pour leur conservatisme et qui jouent traditionnellement un rôle important dans les structures économiques iraniennes, mais qui se trouvent graduellement marginalisés en raison de la corruption endémique des élites, sont liées à des raisons structurelles : augmentation brutale de l’or et des devises par rapport à la monnaie nationale qui aurait perdu 30 % de sa valeur en 2025, couplé à une inflation qui dépasse les 50 % selon les chiffres officiels. Cette situation et la détérioration du niveau de vie d’une grande partie de la population est due aux dysfonctionnements de la gestion économique du pays et la profonde inégalité de la redistribution des richesses. Ces questions sont amplifiées par les sanctions étatsuniennes qui affaiblissent le pays depuis plusieurs années et qui ont de plus été rétablies par l’ONU depuis septembre 2025, à l’initiative de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni.

Très rapidement les manifestations, désormais quotidiennes et s’étendant visiblement sur la totalité du territoire, ont pris une tournure de plus en plus politique comme c’est quasiment toujours la logique en pareille situation. Les mots d’ordre contre le régime et contre le Guide suprême se sont en effet multipliés. La répression pour sa part semble aussi devenir plus brutale et coûteuse en vies humaines. Il convient pour autant de prendre ces éléments avec précaution tant l’accès aux informations recoupées est difficile, Internet et les réseaux sociaux ayant été bloquées par le pouvoir, signe d’une indéniable fébrilité de ce dernier. En ce sens les commentaires pronostiquant la fin du régime sont à ce stade prématurés.

Rappelons tout d’abord que cette nouvelle vague de contestation s’inscrit dans la longue suite de mobilisations qui ont ponctué la vie politique en Iran au cours des dernières années : révolte étudiante de 1999 ; mouvement Vert de contestation pendant et surtout après les élections présidentielles de juin 2009 ; rassemblements de colère de décembre 2017-janvier 2018, puis du printemps et de l’automne 2019 qui avaient des causes principalement économiques et sociales ; enfin, le mouvement « Femmes, vie, liberté » en 2022-2023. Toutes ont été violemment réprimées et n’ont pu voir leurs revendications satisfaites.

Ces mouvements, dont les acteurs font preuve d’un courage exemplaire, possèdent les mêmes limites que celles rencontrées lors des mouvements de contestation dans les mondes arabes en 2011 et au cours des années suivantes : l’absence d’un projet politique alternatif et d’un instrument organisé pour tenter de le mettre en œuvre. Cette limite est à ce stade rédhibitoire. Pour reprendre une célèbre image, tout mouvement de contestation sociale est telle la vapeur d’eau qui si elle n’est pas canalisée par un tube ne possède aucune force propulsive et voit son énergie s’évaporer. Tel est bien le défi qui se pose à celles et ceux qui descendent dans la rue jour après jour. Par manque d’avancées tangibles et de satisfaction de la moindre revendication, le mouvement, bien que possédant une impressionnante vigueur, risque de s’essouffler et de s’étioler, d’autant que la répression fait son œuvre mortifère et que les cadres organisateurs du dernier mouvement d’ampleur sont pour bonne partie d’entre eux en prison.

Deux éléments exogènes sont néanmoins nouveaux dans l’actuel mouvement. Tout d’abord les déclarations de Donald Trump menaçant d’intervenir si des manifestants étaient tués. De telles prises de position ne sont guère étonnantes de la part de celui qui professe le plus grand mépris à l’égard de ce qui subsiste du droit international, mais surtout peuvent s’avérer totalement contreproductives. Non seulement parce qu’elles alimentent les arguties du régime prétendant que les manifestations en cours sont téléguidées par des puissances étrangères, mais aussi parce qu’elles font fi du nationalisme persan qui n’accepte pas que son sort puisse dépendre de décisions provenant de l’étranger. Pour autant, on ne peut sous-estimer le danger d’une intervention extérieure – sous quelque forme que ce soit – dont on peut supposer que l’administration étatsunienne et le régime israélien ont d’ores et déjà étudié de possibles modalités, avec toutes les catastrophes politiques que ce type de décisions induit. Dans la région, les exemples afghan et irakien sont encore très négativement présents dans les mémoires.

Émerge ensuite ces derniers jours le facteur Reza Pahlavi, fils du shah chassé par la révolution de 1979. Cet homme, dont la fortune s’explique par le pillage des ressources nationales par feu son père à l’époque où il régnait à la tête d’un des pires régimes dictatoriaux de la planète, se donne le beau rôle en appelant des États-Unis à se mobiliser pour des manifestations qui de toute façon auraient eu lieu sans son appel… Dans l’état d’incertitude et de désorientation politiques qui caractérise l’Iran actuellement on ne peut certes écarter la tentation chez certains citoyens iraniens de s’en remettre à un soi-disant homme providentiel. Pour autant, Reza Pahlavi n’a aucune base sociale en Iran même et le fait qu’à ce jour Donald Trump n’ait pas jugé utile de le rencontrer indique que ce n’est pas la solution retenue à ce jour par la présidence étatsunienne. La visite de Reza Pahlevi auprès de Benyamin Netanyahou en 2023 et le soutien que lui a apporté ce dernier n’a pas véritablement été apprécié en Iran. Enfin, il s’avère que les quelques vidéos qui sont parvenues à l’extérieur du pays où l’on entend des manifestants scandant son nom sont en réalité des montages.

La question réside désormais dans l’issue de ce mouvement. Plusieurs possibilités existent et il convient d’être extrêmement prudent tant les dynamiques à l’œuvre sont floues.

La première est l’écroulement pur et simple du régime : peu probable, parce que même affaibli ce dernier possède encore un appareil répressif dont l’efficacité reste tristement réelle et qui s’arc-boute sur ses privilèges et prérogatives, même si nous savons par expérience que ce type d’appareil peut être submergé par un puissant mouvement de masse.

Une solution interne ensuite, en raison de divergences susceptibles de se cristalliser entre des tenants de projets politiques différents, certains préférant in fine procéder à des réformes, plus ou moins cosmétiques, pour sauver l’essentiel. Toutefois, force est d’admettre que les plus conservateurs comprennent que la moindre réforme pourrait signer leur perte définitive et, pour leur part, les réformateurs, minoritaires, n’ont guère les moyens d’imposer quoi que ce soit.

Soit le pouvoir accepte d’accéder à quelques revendications, mais alors, si nous considérons que celles-ci touchent au logiciel économique et idéologique du régime, ce dernier se déconsidère et surtout ouvre un immense appel d’air à d’autres revendications. Soit le pouvoir refuse de céder à quelque compromis que ce soit, c’est la voie qu’il a choisie à ce stade, ce qui lui permettra potentiellement de se maintenir encore au pouvoir, mais laissera des cicatrices douloureuses et annonciatrices de futures mobilisations.

Enfin, l’intervention extérieure, qui pour l’instant n’est guère crédible, même si on ne peut exclure des opérations étatsuniennes ou israéliennes ponctuelles. Mais cette hypothèse pourrait contradictoirement conduire à favoriser un sursaut en défense de la patrie.

On le voit, aucune solution ne s’impose véritablement aujourd’hui. Le nombre de victimes risque alors de s’accroitre.

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Trump : la démocratie en danger | Les mardis de l’IRIS

Tue, 13/01/2026 - 12:30

Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’‪‪‪‪‪‪IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis sur la multiplication des actions de Donald Trump sur la scène internationale, des conséquences et les réponses possibles face à sa politique étrangère.

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Funding European Defence: What Role and Instruments for the EU?

Tue, 13/01/2026 - 11:25

On October 16th, 2025, the Armament Industry European Research Group (ARES Group) hosted a seminar in Brussels dedicated to the funding of European Defence, and more specifically, to the question: What role and instruments for the EU? In recent years, the European Union (EU) has developed different programmes to support the defence industry through its Multiannual Financial Framework (MFF). However, the Russian invasion of Ukraine, increasing uncertainty regarding the transatlantic security guarantee, and the necessity for Europe to meet NATO’s new target of 5% of GDP for defence have collectively created a renewed sense of urgency. These developments have placed significant budgetary pressure on both Member States and EU Institutions.

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Pétrole vénézuélien : les enjeux de l’opération Trump

Mon, 12/01/2026 - 17:03

Au regard de ce que représente le Venezuela sur le plan pétrolier, en termes de réserves, de production et de place dans les équilibres énergétiques mondiaux, comment comprendre la stratégie de Washington ? Quelles sont ses ambitions à court et/ou à long terme ?

Le Venezuela est effectivement un gros enjeu pétrolier, surtout en matière de réserves prouvées. Plusieurs sources clés, telles que l’OPEP et l’U.S. Energy Information Administration, citent un chiffre de 300 milliards de barils. Tout le monde n’est pas d’accord avec cette estimation mais il est certain que ce pays a un très gros potentiel. Si l’on retient le chiffre de 300 milliards de barils, le Venezuela contrôlerait les plus grosses réserves prouvées d’or noir dans le monde devant l’Arabie saoudite. Paradoxe, ce pays produit assez peu et exporte assez peu de pétrole. Pour la production de brut, on est sur un niveau compris entre 800 000 barils par jour et 1 million de barils par jour (b/j) seulement au cours des derniers mois, soit moins de 1 % de la production pétrolière mondiale et dix à onze fois moins que l’Arabie saoudite, deuxième producteur mondial après les États-Unis. En termes de classement, le Venezuela n’est qu’à la 18e-20eplace, selon la période considérée. Il y a 25 ans environ, cette production était le triple au moins de ce qui est enregistré aujourd’hui. C’est donc un véritable effondrement depuis le début de ce siècle.

 Au sein de l’administration Trump, on estime, notamment le président et le vice-président, que le Venezuela a volé du pétrole aux États-Unis, allusion à des nationalisations/expropriations, vers la fin des années 2000, d’actifs contrôlés en partie par des firmes américaines. Dans cette vision des choses, il convient donc de se faire rembourser de gré ou de force. Autre élément clé, contrôler le pétrole vénézuélien, c’est accroître le pouvoir des États-Unis sur le marché pétrolier mondial et sur les prix du pétrole, notamment dans une perspective de moyen et de long terme. Cela pourrait contribuer à faire baisser les prix du pétrole, ce qui est un objectif explicite de Donald Trump depuis un an. Par ailleurs, prendre le contrôle des exportations pétrolières du Venezuela, ce que Washington a obtenu il y a quelques jours, permet de frapper plusieurs oiseaux avec une seule pierre : Cuba ne pourra plus importer de pétrole vénézuélien à des conditions commerciales très favorables et la Chine, qui est le principal acheteur de brut du Venezuela, ne pourra plus bénéficier de ce pétrole gratuitement ou presque. Comme le dit Marco Rubio, secrétaire d’État et conseiller à la sécurité nationale, nous ne voulons pas que des pays extérieurs au continent américain et qui sont nos adversaires contrôlent des actifs stratégiques dans notre région, une référence on ne peut plus claire à la Chine. Enfin, utiliser le pétrole comme moyen de pression via le contrôle des exportations est un moyen efficace de faire en sorte que les autorités vénézuéliennes s’éloignent de l’Iran et du Hezbollah. On peut obtenir beaucoup de choses avec le pétrole.

Quel impact cette prise de contrôle ou mise sous influence du pétrole vénézuélien par les États-Unis a-t-elle ou peut-elle avoir sur les marchés pétroliers mondiaux ? À quels types de réactions doit-on s’attendre de la part des autres grands acteurs du pétrole dans le monde, voire des États qui seront les plus impactés par cette captation ?

C’est vraiment une prise de contrôle. Les États-Unis imposent une quarantaine pétrolière contre le Venezuela avec une force navale impressionnante et vont commercialiser le pétrole et les produits raffinés exportés par le pays. Le produit de ces exportations sera déposé sur des comptes bancaires en dehors du Venezuela et le gouvernement de ce pays n’aura pas la main sur ceux-ci. C’est le président Trump qui décidera d’allouer à Caracas une certaine part (non déterminée à ce jour) de ces recettes. Le nœud coulant est donc très serré.

L’impact sur le marché pétrolier est très limité pour l’instant. Entre le 2 janvier, veille de l’action militaire américaine à Caracas, et le 9 janvier, le prix du pétrole Brent de la mer du Nord a augmenté de près de trois dollars seulement. De plus, il n’y a pas que le Venezuela dans l’actualité pétrolière mondiale. Il faut aussi intégrer la guerre en Ukraine et la montée des tensions en Iran. Cela signifie que l’impact propre de la situation au Venezuela est très faible, voire quasiment nul. Cette indifférence des marchés s’explique par le fait que ce pays produit assez peu de pétrole, comme indiqué ci-dessus, et que le marché pétrolier mondial est très bien approvisionné. En raison de la hausse de la production de plusieurs pays américains (États-Unis, Canada, Brésil, Guyana et Argentine) et de plusieurs pays faisant partie de la coalition OPEP+, dont l’Arabie saoudite, l’offre pétrolière mondiale augmente beaucoup plus fortement que la demande et il n’y a donc pas d’inquiétudes à avoir sur l’équilibre offre/demande à court terme. Les marchés pétroliers seraient évidemment plus affectés si le Venezuela pouvait augmenter de façon importante sa production et ses exportations mais ceci demanderait beaucoup de temps et beaucoup d’investissements.

Comme le reste du monde, les acteurs pétroliers sont sidérés par ce qui s’est passé à Caracas le 3 janvier ainsi que par les suites pétrolières de cette opération militaire. Les grandes compagnies pétrolières sont incitées par l’administration Trump à investir des dizaines de milliards de dollars au Venezuela mais elles restent pour l’instant très prudentes au regard des incertitudes politiques et économiques considérables dans ce pays. L’Iran et Cuba font face à de très gros problèmes internes. L’Union européenne pense d’abord à la guerre en Ukraine, à ses relations avec les États-Unis et à l’avenir de l’OTAN et ne tient pas trop à indisposer Donald Trump. Quant à la Chine, elle comprend bien ce qui est en jeu et elle voit clair dans la stratégie de Washington mais il lui faudra un peu de temps pour préparer sa riposte. Les États-Unis sanctionnent également l’Iran et la Russie, deux pays dont la Chine est aussi le plus grand marché pour leurs exportations pétrolières.

Ce qui se passe au Venezuela marque-t-il, selon vous, un retour du pétrole comme outil central de puissance et de pression géopolitique ? Ce retour pourrait-il influencer les trajectoires énergétiques mondiales, notamment les ambitions liées à la transition verte ? 

On peut difficilement parler de retour car cela supposerait que le pétrole n’était plus un outil central de puissance et de pression géopolitique. Il l’est depuis longtemps et le restera encore longtemps. Bien sûr, un outil central ne veut pas dire le seul outil central. De même, pour le Venezuela, le pétrole n’est pas le seul élément clé mais il est un élément clé. On peut aussi penser à des situations tout à fait différentes comme la guerre en Ukraine et une partie des tensions et conflits au Moyen-Orient. Et l’administration Trump a bien compris ce rôle central du pétrole.  

Les ambitions de décarbonation au niveau mondial se heurtent à plusieurs obstacles, dont le poids du pétrole et celui des énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz naturel). Elles représentent en effet de l’ordre de 80 % la consommation mondiale d’énergie et font preuve de beaucoup de résilience. Derrière le pétrole, il y a aussi beaucoup d’intérêts, qu’ils soient étatiques ou non-étatiques. Et le retour au pouvoir il y a un an de Donald Trump, qui considère le changement climatique et les énergies « vertes » comme des arnaques, dont l’un des slogans clés est le fameux « Drill baby, drill » et qui soutient à fond toutes les énergies fossiles, est un très gros obstacle. Après avoir retiré son pays de l’Accord de Paris sur le climat (COP21, Paris, décembre 2015) le 20 janvier 2025, le président américain a annoncé il y a quelques jours le retrait des États-Unis de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et du GIEC. La COP30, qui s’est tenue en novembre 2025 à Belém au Brésil, n’a pas été un grand succès, c’est le moins que l’on puisse dire.

 On annonce depuis longtemps le déclin du pétrole mais il se porte très bien pour l’instant. La consommation et la production mondiale sont à des niveaux record et continuent à croître, le marché pétrolier est très bien approvisionné et les prix sont relativement bas, en tout cas actuellement. Cela dit, on constate une croissance très rapide des énergies solaire et éolienne depuis plusieurs années et une réelle décarbonation progressive du secteur de la production d’électricité. À ce jour cependant, la part des énergies fossiles n’a pas commencé à décliner. Cela se produira mais elles resteront dominantes pendant encore pas mal de temps.     

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La stratégie 2025 de sécurité nationale : une autre vision du monde

Mon, 12/01/2026 - 16:46
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La publication par la Maison-Blanche le 5 décembre dernier du document sur la « stratégie de sécurité nationale des États-Unis »1 -ou NSS2025-a suscité de nombreuses réactions, portant en particulier sur le traitement attribué à l’Europe dans ce programme. Il révèle, au-delà de perspectives stratégiques, une nouvelle vision du monde et du rôle des États-Unis dans les prochaines années. Ce document, expression d’une « doctrine MAGA »2 constitue une véritable révolution idéologique et politique par rapport à son prédécesseur, publié par l’administration Biden en 2022, le NSS20223, qui actait lui-même une rupture tenant au changement profond de l’environnement international qui s’imposait alors. Si on peut relever combien ces documents s’opposent systématiquement, presque terme à terme, c’est la divergence de leur vision de la nature de la suprématie américaine que nous examinerons ici.

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Venezuela : Trump ne convainc pas

Fri, 09/01/2026 - 17:30

« Mes concitoyens, la nuit dernière, j’ai pris la décision d’ordonner le déploiement des forces militaires américaines au Panama. Aucun président ne prend une telle décision à la légère. Ce matin, je souhaite vous expliquer clairement ce que j’ai fait et les raisons qui m’ont conduit à agir ainsi. »

– President George H.W. Bush, Address to the Nation, 30 December 1989

Depuis le lancement des opérations militaires contre le Venezuela au mois de septembre, je ressens une angoisse croissante. Une inquiétude, certes, quant à notre politique étrangère, qui s’éloigne de plus en plus des principes censés guider nos actions outre-mer. Mais aussi — et peut-être surtout — une inquiétude pour notre système démocratique lui-même. La manière dont cette administration agit au Venezuela en dit long sur l’état de notre démocratie, manifestement fragilisée.

Le constat est frappant. Aucun effort systématique n’a été entrepris pour préparer l’opinion publique à une intervention en Amérique latine. Aucune tentative de rassembler les forces politiques — y compris au sein de l’opposition démocrate — autour d’une politique prétendument destinée à protéger la nation d’un danger imminent. Aucun dialogue soutenu entre le chef de l’État et la population américaine afin d’expliquer le « pourquoi » d’une opération militaire ou de présenter aux électeurs la stratégie poursuivie. Rien de tout cela. Seulement des « tweets » sur les réseaux sociaux, des remarques improvisées devant des journalistes, des déclarations désinvoltes et hautement politisées, lancées au gré des circonstances.

La communication, dans la mesure où elle a existé, est restée creuse, vague, voire ouvertement contradictoire. Initialement, l’accent a été mis sur la menace que représenterait un Venezuela devenu un foyer de « narcoterroristes ». Au début des frappes navales contre des bateaux évoluant dans les eaux territoriales vénézuéliennes, en septembre, le président Trump a accusé le pays — et en particulier son dirigeant, Nicolas Maduro — de chercher à déstabiliser les États-Unis par un afflux massif de drogues. « Une quantité massive de drogues sort du Venezuela… Des milliers de personnes meurent à cause de cargaisons entières de drogues qui arrivent par bateau — du fentanyl et bien d’autres substances mortelles », a-t-il déclaré. Or, si le Venezuela constitue un pays de transit pour la cocaïne provenant principalement de Colombie, il n’est nullement un fournisseur majeur du marché américain.[1]

À d’autres occasions, l’administration Trump a laissé entendre qu’un « dictateur » comme Maduro ne pouvait rester au pouvoir, notamment après les élections manifestement frauduleuses de 2024. Cette posture contraste pourtant avec une certaine complaisance affichée par Donald Trump à l’égard d’autres dirigeants autoritaires ailleurs dans le monde, et avec le fait que le régime de Caracas, en pratique, demeure intact — hormis le départ de Maduro lui-même. Depuis le lancement de l’opération, Trump ne parle plus que du pétrole vénézuélien, qui devrait, pour des raisons jamais clairement explicitées, revenir de droit aux États-Unis. Le 5 janvier, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le représentant permanent des États-Unis a semblé revenir à la rhétorique initiale : Maduro serait un criminel, et l’intervention militaire ne constituerait qu’une « opération policière chirurgicale facilitée par l’armée américaine ».[2]

On a l’impression que le président Trump se soucie peu de l’opinion publique et n’entreprend pratiquement aucun effort pour convaincre les citoyens de l’importance — et surtout de la cohérence — de son action au Venezuela.

Or, dans une démocratie fonctionnelle, une initiative de cette nature exige une explication claire et un effort soutenu pour convaincre les citoyens de la nécessité d’une intervention militaire. Lorsqu’on expose des soldats au danger et qu’on prétend « prendre le contrôle » d’un pays étranger, le président a l’obligation de rendre des comptes. Même dans les interventions les plus controversées du passé, l’une des tâches centrales du chef de l’exécutif et de son entourage consistait à exposer sans ambiguïté les raisons invoquées. Lorsque George W. Bush a décidé d’envahir l’Irak, par exemple, il a mené pendant plus de six mois une campagne intensive auprès de l’opinion publique américaine et internationale afin de justifier cette décision. Si la communauté internationale — notamment la France — ne s’y est pas ralliée avec enthousiasme, le peuple américain, du moins dans un premier temps, y était largement favorable, en grande partie grâce au plaidoyer persistant du président. En mars 2003, environ sept Américains sur dix approuvaient l’usage de la force militaire contre l’Irak. Le père de ce même président Bush, qui avait lui aussi conduit une intervention militaire en Amérique latine pour renverser et arrêter un chef d’État lié au narcotrafic, s’était également attaché à en expliquer les motivations à son électorat.

Dans un État de droit, une intervention militaire requiert non seulement l’adhésion de l’opinion publique, mais aussi l’aval du Parlement. Ce fut assurément le cas pour l’Irak : le Congrès américain avait adopté, à de larges majorités dans les deux chambres, une résolution autorisant le président à recourir à la force. À l’époque, de nombreux démocrates — dont Hillary Clinton — avaient apporté leur soutien. Aujourd’hui, malgré le contrôle républicain de la Chambre des représentants et du Sénat, Trump n’a même pas jugé nécessaire de solliciter une autorisation du Congrès pour les opérations navales, ni d’informer celui-ci avant le déploiement de forces spéciales à Caracas. Interrogé sur son obligation légale de consulter les dirigeants du Parlement en amont d’une opération militaire, Trump a répondu : « Je n’aurais aucun problème à le leur dire, mais vous savez, ce n’est pas très important. Je n’ai pas besoin de le leur dire. » Certes, bien que la Constitution confère au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre et que la War Powers Resolution de 1973 limite les prérogatives du président en la matière, il n’est pas certain qu’une Cour suprême favorable à un exécutif fort conclurait à un dépassement de pouvoir. Mais il ne fait guère de doute que des normes démocratiques fondamentales ont été bafouées.

Enfin, cette affaire révèle un comportement pour le moins arbitraire sur la scène internationale. Un État démocratique n’est pas juridiquement tenu d’agir de manière démocratique à l’étranger — mais il en demeure politiquement et moralement responsable. Le respect des règles internes devrait aller de pair avec le respect du droit international, en particulier pour un pays qui prétend incarner un leadership mondial. Or, la Charte des Nations unies ne reconnaît que deux fondements légitimes à une intervention militaire : la légitime défense et l’autorisation explicite du Conseil de sécurité. L’intervention au Venezuela ne relève ni de l’un ni de l’autre.

[1] Politifact, “The US attacked Venezuelan boats it says are carrying drugs. Is Venezuela sending drugs to the US?,” https://www.politifact.com/article/2025/sep/22/Trump-Venezuela-boat-strikes-drugs-trafficking/?utm_source=chatgpt.com

[2] Ambassador Mike Waltz, “Remarks at a UN Security Council Briefing on Venezuela,” https://usun.usmission.gov/remarks-at-a-un-security-council-briefing-on-venezuela-2/

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Intervention des États-Unis au Venezuela : quand la lutte antidrogue est instrumentalisée

Fri, 09/01/2026 - 17:04

Après plusieurs mois de pression exercée à l’encontre du régime de Nicolàs Maduro, l’administration de Donald Trump est passée à l’attaque directe en frappant le cœur du régime vénézuélien. Le 3 janvier 2026, après des bombardements sur Caracas visant à annihiler toute riposte de la garde présidentielle, un commando des forces spéciales de la CIA a arrêté puis exfiltré le président et son épouse, Cilia Flores, afin de présenter le couple devant la justice américaine. L’opération qui a conduit à la capture de Maduro a eu lieu 36 ans jour pour jour après l’arrestation de Manuel Noriega, l’ancien chef d’État du Panama et cible de la dernière intervention américaine de changement de régime en Amérique latine. Cette opération de police constitue une énième illustration de l’évolution des relations internationales depuis la Première et la Seconde Guerre mondiale et singulièrement depuis la fin des années 1990, marquées aux États-Unis par l’hégémonie du courant néoconservateur. Elles marquent la crise tendancielle de l’ordre westphalien reposant sur la souveraineté des États.

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